DIVINE GANG · Jake Jonez : « Je pense que le ‘camp’ est mon style d’art préféré »

Le performeur le plus bitchy d’Instagram et de TikTok a été révélé grâce à son duo avec Aaron Goldenberg, les Mean Gays : des vidéos d’humour pédé acide, portées par deux personnages aussi passifs-¬agressifs qu’irrésistibles. Jake Jonez cosigne un nouveau clip solo, Touchdown, géniale relecture queer du film de cheerleaders culte, American Girls (Peyton Reed, 2000).


JakeJonez

« Tu as l’air déshydraté… » disent-ils, vous enjoignant à prendre un verre d’eau. Dans cette scène filmée en caméra subjective, vous vous retrouvez dans la peau du dernier plan Grindr des Mean Gays (les « Méchants Gays ») et, soyons francs, vous ne les excitez pas tellement. Mais ils restent courtois. « Quand as-tu pris ta photo de profil ? La semaine dernière ? Waouh, il s’est passé beaucoup de choses en une semaine… » On craignait un peu de se faire juger très fort en interviewant Jake Jonez, 31 ans, moitié la plus cinglante du duo.

Au final, rencontré en visio depuis Atlanta, c’est une crème. « Tu peux répéter “Scrubs for sluts”[« Des blouses pour les salopes », une marque de vêtements imaginaire que porte le performeur dans certaines vidéos où il incarne un infirmier, ndlr] avec ton accent français ? C’est la chose la plus mignonne que j’aie jamais entendue. » La série a débuté il y a deux ans avec la vidéo Les Mean Gays vous démontent à coups de compliments (près de 6 millions de vues sur TikTok), dans laquelle chaque politesse se mue en sentence – tout tient au regard mi-amusé, mi-dégoûté avec lequel ils vous dévisagent. « Je pense que les gens ont aimé l’idée que les gays ou les queers ne sont pas positifs tout le temps. On peut aussi être méchants, comme dans n’importe quelle communauté », explique Jonez à propos de ce succès. Dans ces sketchs hilarants, il se distingue par son sens de la comédie physique, un mélange d’attitude fierce, de condescendance absolue et de lascivité aguicheuse. « Je pense que le camp est mon style d’art préféré. Par exemple, les frères Wayans avec Scary Movie [2000, ndlr]. Ils ont créé un monde tellement fun, mais ils n’ont jamais été pris au sérieux. C’est ce qui me manque dans la comédie d’aujourd’hui. » En solo, on l’adore en avocat improbable défendant Luigi Mangione – BG accusé d’avoir assassiné le PDG ­d’UnitedHealthcare – et prenant des poses éthérées, en pleine plaidoirie, comme s’il était dans un shooting pour Vogue.

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Ou dans sa série autour d’un certain Craig qui, derrière la caméra de son téléphone, surprend le performeur en lançant du Usher. La musique le possède aussitôt, au point qu’il lui est impossible de ne pas twerker de la manière la plus hot possible. « J’ai changé de ville pour te fuir, Craig ! Tu es si dangereux ! » lâche-t-il en tentant de s’éclipser, heurté par ses propres saccades de booty. « J’ai fait de la gymnastique et de l’athlétisme, ça m’a amené à danser, plutôt bien, j’espère. » Hyper fan de pop (Charli XCX, Troye Sivan, Gwen Stefani…), Jonez cosigne, joue, chante et danse dans son single « Touch­down », premier titre de son EP Good Sport, à paraître en novembre. On l’y voit à la fois pom-pom boy et quaterback, en pleine tension sexuelle avec un beau footballeur. Il y reprend le mantra de Kirsten Dunst dans American Girls : « Je suis sexy/Je suis cute/En plus, je suis populaire/On me désire/Je suis brûlant/Je suis tout ce que tu n’es pas. » Il explique : « Je voulais communiquer cette confiance agressive de manière tellement sassy. » Complètement mean aussi, non ?