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Adèle Haenel à Mediapart : « Le silence est le meilleur moyen de maintenir l’oppression »

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Suite à l’enquête de Mediapart, dans laquelle l’actrice accuse le réalisateur Christophe Ruggia de harcèlement et d’attouchements sexuels, Adèle Haenel a pris la parole lors d’un live, évoquant sa « responsabilité » vis-à-vis de toutes les victimes d’oppressions.

Dans une longue enquête (58 000 signes) menée pendant sept mois et publiée ce dimanche 3 novembre sur le site de Mediapart (article réservé aux abonnés) l’actrice Adèle Haenel accuse le réalisateur Christophe Ruggia de harcèlement sexuel et d’attouchements alors qu’elle était âgée de 12 à 15 ans et qu’il avait de son côté entre 36 et 39 ans, lors du tournage et pendant la production du film Les Diables en 2002. La journaliste Marine Turchi a recueilli son récit et le cheminement qui l’a conduite à briser le silence. Un témoignage corroboré par de nombreux documents et déclarations dans lesquelles une trentaine de personnes interrogées au cours de l’enquête ont appuyé les affirmations de l’actrice. Sa famille, des membres de l’équipe du film Les Diables mais aussi des proches du réalisateur dénonçant une situation d’emprise et une attitude malsaine de sa part envers la jeune fille. Mediapart a également consulté deux lettres de Ruggia écrites à l’attention de la jeune actrice datant de juillet 2006 et juillet 2007 dans lesquels il évoque un « amour pour (elle) » qui « a parfois été trop lourd à porter ».

Suite à la publication du papier, Christophe Ruggia a refusé de répondre aux questions de Mediapart tout en précisant qu’il contestait  » catégoriquement avoir exercé un harcèlement quelconque ou toute espèce d’attouchement sur cette jeune fille alors mineur ». Lundi 4 novembre, Adèle Haenel a quant elle donné une interview de plus d’une heure à Mediapart, disponible en ligne, dans laquelle elle revient sur les raisons de sa démarche. Pourquoi parler aujourd’hui, près de quinze ans après les faits? Le documentaire Neverland (2019) -dans lequel Wade Robson et James Safechuck décrivaient les actes de pédocriminalité dont ils ont été victimes de la part de Michael Jackson lorsqu’ils étaient enfants- a joué le rôle de déclencheur (« J’ai compris qu’il ne s’agissait pas que d’une histoire privée, mais aussi d’une histoire publique »), tout comme le fait que Christophe Ruggia soit en train de tourner un nouveau film avec deux adolescents.

L’actrice dit aussi inscrire son acte de parole dans un engagement politique, une responsabilité vis-à-vis de ceux qui, ayant vécu des mécanismes d’oppression similaires, ne peuvent pas en parler: «  Je dois le fait de pouvoir parler à celles qui ont parlé avant dans le cadre de #Metoo. C’est un responsabilité pour moi, aujourd’hui je ne suis pas dans la même précarité que la plupart des gens à qui ça arrive. Je voulais leur parler à eux. Leur dire qu’ils ne sont pas seuls (…) Le silence est la meilleure façon de maintenir en place un ordre lié à l’oppression. Les gens qui n’ont pas accès à la parole sont les opprimés. C’est pour ça que c’est crucial de parler ! » Sans se contenter de pointer du doigt son agresseur, l’actrice a tenu à souligner les dérives de la société dans son ensemble, évoquant la culture du viol, la banalisation de la violence faite aux femmes, tout en dénonçant un système judiciaire complice de la violence systémique faite aux femmes.

Une prise de parole qui met clairement en évidence la responsabilité collective de la société française dans ces mécanismes de domination : « Les monstres, ça n’existe pas. C’est notre société. C’est nous, nos amis, nos pères. C’est ça qu’on doit regarder. Et on n’est pas là pour les éliminer, on est là pour les faire changer. Mais il faut passer par un moment où ils se regardent, où on se regarde. » La Société des réalisateurs de films (SRF), dont Christophe Ruggia est membre, a voté l’exclusion du réalisateur et assure « son soutien total et sa reconnaissance à la comédienne Adèle Haenel ».