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Le podcast de l’après-midi : « H comme Hitchcock, les années 1950 »

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Une décennie de faste au cours de laquelle le maître du suspens a aiguisé son sens de la mise en scène elliptique pour signer ses plus grands chef-d’œuvres.

Amateurs d’énigmes policières, fétichistes des trains, amoureux des héroïnes blondes vénéneuses et de Gary Grant, ou simplement accros au suspens : qu’importe la raison pour laquelle de vous aimez Hitchcock, la série d’émissions que Plan Large sur France Culture consacre au cinéaste vous ravira. Parce qu’Hitchcock fait partie de ces réalisateurs que l’on est persuadé de connaître par cœur mais qui continuent d’étonner au détour d’un détail caché que l’on n’avait pas vu, d’un indice complice glissé l’air de rien dans un dialogue, d’un plan équivoque qui épaissit l’ambiguïté de l’intrigue et les intentions troubles des personnages.

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Alors, c’était quoi exactement Hitchcock, dans les années 1950 ? Une décennie de gloire, où il perfectionne ses obsessions psychologiques pour les élever au rang d’art universel, où il sublime ses pulsions pour en faire un terreau romanesque. Pourquoi tant de chefs-d’œuvre (dont La Main au collet, La Mort aux trousses, Vertigo) en une décennie ? D’abord parce que le succès commercial obtenu avec Les Enchaînés (1946) et La Corde (1948) permet à Hitchcock de réunir la même équipe technique, s’assurant des tournages hyper rôdés -notamment avec le directeur de la photographie Robert Burks qui travaille avec lui sur 12 films- aiguisant son appréhension de l’espace, ses habiles caches-caches chorégraphiés, ses jeux de flous et de profondeur de champ. Ensuite parce que cette période marque la naissance du Hitchcock-comédien : silhouette impressionnante, humour narquois, le cinéaste parasite ses propres films lors de caméos improbables qui l’imposent aussi comme un démiurge tout puissant et implacable – voir cette compilation efficace des ses meilleurs caméos.

Mais passons aux choses sérieuses. En compagnie de Julie Michot, autrice de Fenêtre sur cour, d’Alfred Hitchcock : sortir du cadre (éditions Universitaires de Dijon), et de Bernard Benoliel, qui a dirigé l’ouvrage somme Hitchcock, la totale, paru aux éditions E/P/A, Antoine Guillot donne surtout une leçon de crime (presque) parfaite, dont voici un petit sommaire rapide. Avec L’Inconnu du Nord-Express (1951), Hitchcock explore ses thèmes fétiches : la culpabilité universelle, l’erreur judiciaire qui condamne les innocents, mais surtout la versatilité des êtres. Hitchcock a été biberonné à la pensée freudienne : chez lui, chaque personnage représente le « ça » (part inconsciente et inavouée de nous-mêmes) ou le « surmoi » (une puissance morale qui brime nos pulsions).

Parmi ces multiples analyses passionnantes,on retiendra surtout celle de l’inépuisable Vertigo (1958), thriller mental qui cristallise la grande hantise d’Hitchcock: la fascination de la mort. Plus que la fétichisation des objets ou encore la dialectique brune/blonde, c’est l’entremêlement de la mort et du désir comme deux réalités insécables que le cinéaste y matérialise. Amoureux d’une suicidée (Madeleine), blonde au charme froid, Scottie rencontre Judy, une jeune femme énergique et rousse, sosie de sa dulcinée, qu’il tente de modeler à l’image de Madeleine pour guérir de son absence. Alors que Scottie embrasse Judy pour la première fois dans sa chambre d’hôtel, la caméra tourne longuement autour d’eux, tandis que le décor derrière eux se mue, laissant place au sommet de l’église duquel Madeline s’est jetée au début du film. En un plan circulaire où se confond l’espace, le temps, et deux femmes, Hitchcock filme une étreinte aussi érotique que mortifère. Avant de réécouter le podcast, on se repasse cette séquence magistrale qui nous prouve qu’un fond vert peut en dire plus long que mille dialogues.

Image: Copyright Carlotta Films

 

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