PORTFOLIO · « Dessins sans limite » au Grand Palais

Fermé pour travaux depuis septembre dernier, le Centre Pompidou multiplie les expositions hors-les-murs. Cette fois-ci, c’est au tour de l’exceptionnelle collection de son Cabinet d’art graphique de s’exporter au Grand Palais avec l’exposition « Dessins sans limite », un parcours riche de près de quatre cents dessins signés de cent vingt artistes comme Vassily Kandinsky, Kiki Smith, Marc Chagall, Paul Klee, Marlene Dumas… Et autant de techniques.


Dessins sans limites
Robert Longo, Men in the Cities, 1981-1999 © ADAGP, Paris, 2025 – Philippe Migeat – Centre Pompidou, MNAMCCI – RMN-Grand Palais

La grâce étrange de la mort

Fasciné par la façon dont la mort, au cinéma, peut donner lieu à des instants de grâce suspendus (notamment dans Le Soldat américain de Rainer W. Fassbinder, 1974), Robert Longo s’attelle, à la fin des années 1970, à une série de silhouettes foudroyées par une violence inconnue – celle du siècle, peut-être –, saisies dans un effondrement sublime, dansant, énergique. Pour les mettre en scène, il photographie des proches sur lesquels il lance des objets, puis les dessine au fusain sur fond blanc.

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André Derain, Les Filles, 1905-1906 © Philippe Migeat – Centre Pompidou, MNAM-CCI
– RMN-Grand Palais

Dans l’intimité des prostituées

Le dessin, un art de la feuille et du crayon ? Pas uniquement, loin de là, nous répond cette exposition qui fait la part belle à la diversité, avec des découpages, des installations, des collages, des grands formats… Mais aussi, comme avec cette superbe feuille d’André Derain, des peintures sur papier. Légère et fluide, l’aquarelle permet à l’artiste de donner vie en quelques coups de pinceau à une scène quotidienne, dans l’intimité de prostituées – fatiguées jusqu’à s’effondrer sur leur chaise.

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Henri Matisse, Deux Danseurs, 1937-1938 © Philippe Migeat – Centre Pompidou, MNAM-CCI – RMN-Grand Palais

Papiers, dansez

Dansante et colorée, cette composition, créée en 1937, fait partie des planches du « livre-fleur » que Matisse achève en 1946. Elle révèle les coulisses de ses recherches : à 66 ans, l’artiste va vers l’épure, et recouvre des feuilles de papier d’une gouache uniforme, puis les découpe en petits morceaux épars. Bleu, jaune, blanc, noir, chacun trouve ensuite sa place sur l’image, fixé à l’aide d’une simple punaise. Tout pourrait bouger, donc, et c’est en partie ce qui confère à cette scène de danse sa vitalité et son mouvement. 

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Gilbert & George, The Bar no 1, 1972 © Gilbert & George – Bertrand Prévost – Centre Pompidou, MNAM-CCI
– RMN-Grand Palais

Sculpture XXL

C’est peut-être difficile à deviner, mais ce dessin de cinq mètres de longueur est une « sculpture en fusain sur papier », comme l’expliquent ses auteurs, le duo britannique Gilbert & George, reconnus pour leurs formats monumentaux. Il fait partie d’une série réalisée au début des années 1970, alors qu’ils manquaient de moyens et ne pouvaient envisager de tirages photographiques de très grand format. Les deux artistes s’y mettent en scène, accoudés à un bar, puis redessinent l’image sur des feuilles collées entre elles, revendiquant un retour au style direct et naïf du dessin d’enfant.

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Pablo Picasso, Femme à la tête rouge, 1906 © Succession Picasso 2025 – Philippe Migeat
– Centre Pompidou, MNAM-CCI – RMN-Grand Palais

Dans le laboratoire des Demoiselles d’Avignon

Au début des années 1900, Pablo Picasso découvre les arts africains lors d’une visite au musée d’ethnographie du Trocadéro. Fasciné, il en observe également les sculptures dans les collections d’Henri Matisse et d’André Derain. À la même période, il prépare le chantier de ce qui sera l’une des plus grandes œuvres de sa vie : Les Demoiselles d’Avignon. Ce visage noir et rouge fait partie des nombreuses études qui y mènent, et met en évidence les lignes et les influences qui travaillent alors Picasso… 

« Dessins sans limite », au Grand Palais ´ Centre Pompidou, jusqu’au 15 mars