
Depuis plusieurs mois, une question revient dans les médias culturels américains : pourquoi le monde a-t-il perdu ses couleurs ? Dans la mode, le cinéma, la décoration d’intérieur ou les séries, les rouges pimpants ont laissé place à des gris insondables, et tout semble désormais terne. Qu’à cela ne tienne : l’antidote à cette désaturation généralisée se trouve chez Apple TV.

Avec Margo a des problèmes d’argent, la plateforme offre une série aux teintes aussi vives et à la réalisation aussi enlevée que son héroïne, une jeune étudiante qui se voit déjà écrivaine à succès. Las ! Les compliments de son professeur de littérature servent moins à l’encourager qu’à s’incruster dans son lit, et, lorsque Margo tombe enceinte et décide de garder l’enfant, les ambitions littéraires disparaissent soudainement. La voilà mère célibataire élevant un nouveau-né.
Sous le même toit, sa dernière colocataire, qui n’a pas fui, comme les autres, à cause des pleurs du bébé. Dans le paysage, sa mère, plus occupée à planifier son mariage avec un chrétien bon chic bon genre qu’à changer des couches. Puis le retour au bercail de son père, ancienne star du catch et ex-toxicomane, ajoute au chaos ambiant.

Le tour de force de David E. Kelley est de refuser les clichés des affres de la maternité pour choisir la joie. Sans rien omettre des difficultés d’une maman solo, il esquisse une galerie de personnages pour la plupart fondamentalement sympathiques sans être niais pour autant, qui trouvent une nouvelle façon d’apprendre à faire la paix avec eux-mêmes au contact d’un bébé. Avec une aisance déconcertante, Elle Fanning se glisse dans les costumes improbables de son personnage entre deux âges, pas encore tout à fait adulte, mais déjà extirpé abruptement de l’adolescence. Dans le rôle des parents, Michelle Pfeiffer et Nick Offerman jouent des partitions extraordinaires, aussi drôles que touchantes.
