Expo ⸱ Nan Goldin : photographier ce qui dérange

Pour cette première rétrospective en France, six diaporamas poignants retracent le parcours de la photographe américaine, de ses premiers clichés de drag-queens à ses travaux les plus récents. Une œuvre jalonnée de deuils et guidée par l’empathie, qui n’a cessé de faire de l’intime un espace politique.


C putting on her make up at Second Tip Bangkok 1992

Dans The Ballad of Sexual Dependency, diaporama enrichi d’année en année et augmenté de chansons rétro, Nan Goldin expose sans tabous le quotidien des communautés marginalisées qui constituent sa famille d’adoption – punks, queers, junkies ou travailleurs et travailleuses du sexe, dont la plupart seront fauchés par le sida. Elle témoigne également de la violence conjugale, allant jusqu’à photographier son visage tuméfié après avoir encaissé les coups de son compagnon. Non moins poignant, The Other Side immerge le spectateur dans l’intimité d’une communauté drag à Boston.

Loin de tout folklore, ces portraits insufflent une urgence de vivre et une dignité qui révèlent la vérité sensible des êtres. Plus récent, Memory Lost aborde les effets délétères de la toxicomanie. Clichés flous et bande-son mêlant messages de répondeur et témoignages de proches y traduisent l’altération de la mémoire. Elle-même en sera victime après une prescription d’OxyContin, dangereux opioïde propagé par un lobby pharmaceutique contre lequel lutte son association PAIN. Dans Sirens, réalisé à partir de found footage, elle remonte aux sources de l’Odyssée et crée des ponts entre cinéma et mythologie.

French Chris at the Drive in N.J. 1979
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Enfin, dans Stendhal Syndrome, ce sont des chefs-d’œuvre de la Renaissance qu’elle met en regard des portraits de ses proches, sur des envolées de cordes signées Mica Levi. Quant à l’élégiaque Sisters, Saints, Sibyls, présenté à la chapelle de la Salpêtrière, il rend hommage à sa sœur aînée, Barbara, lesbienne internée par ses parents, et met en lumière les forces conservatrices qui l’ont poussée au suicide, à travers des photos d’archives et des enregistrements vidéo. Ce drame fondateur, qui l’encouragea à rompre avec sa famille pour se consacrer à la photographie, hante toute son œuvre. Tiraillée entre révolte et fatalisme, joie et mélancolie, Goldin nous renvoie à l’essence même de la condition humaine ; dans la vie, nous rappelle-t-elle avec ironie, les happy ends n’existent pas.

« This will not end well », au Grand Palais et à la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, du 18 mars du 21 juin.