Vassili Schneider : « Je suis très touché par les hommes perdus »

Au Biarritz Film Festival Nouvelles Vagues, le comédien franco-canadien révélé dans « Les Amandiers » (2022) fait ses débuts en tant que réalisateur avec un premier court métrage troublant, « La plus belle fille du monde », présenté en Compétition. Adaptée de la nouvelle éponyme de Raphaël Haroche, cette satire tragi-comique suit un quinquagénaire (Melvil Poupaud) obsédé par une jeune mannequin (Eva Danino) et prêt à renier ses convictions pour la conquérir. À deux pas de la mer, on a rencontré Vassili Schneider pour évoquer ses intentions avec ce récit complexe.


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Quelle est la première image qui vous est venue en commençant à travailler sur ce projet ? 

La scène de fin. Sans trop spoiler, disons qu’on sort un peu du réalisme et que le personnage principal devient méconnaissable. Je me suis demandé à quel point j’y allais à fond. Si je restais dans le réalisme ou si je mettais le paquet. Mais en lisant la nouvelle de Raphaël Haroche [sortie en 2017, ndlr], je me suis dit qu’il y avait tellement de potentiel et que si je faisais ce film, il fallait que j’aille au bout des choses. C’est cette scène de fin qui m’a donné envie de faire ce film. 

Qu’est-ce qui vous a interpellé à la lecture de cette nouvelle ? 

Ça m’a fait énormément rire, et en même temps, je suis très touché par les hommes perdus. Il est tellement pathétique ce personnage. Il se fait écraser au point que ça en devient trop et c’est ça qui m’a fait rire. J’aime le fait que ça déborde et dépasse les limites. Visuellement, cette nouvelle est très surprenante. Je la lisais, je voyais tout de suite les images. On peut se dire que cette histoire, elle est très loin de moi : ça parle quand même d’un personnage dans la cinquantaine [Vassili Schneider a 27 ans, ndlr]. Mais j’ai vécu une histoire très similaire, des années après avoir écrit le scénario mais avant de commencer à réaliser le film. J’ai écrit le scénario à 18 ans, en 2017 puis je l’ai mis dans un tiroir parce que je ne connaissais personne à ce moment-là qui pouvait m’aider à trouver des financements. Puis sur le tournage des Amandiers, j’ai rencontré Sarah Henochsberg. Elle m’a dit qu’elle voulait lancer sa boîte de production [Ad Vitam Court, fondée en 2020, ndlr] et elle m’a proposé de produire le film. 

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Les Amandiers

La plus belle fille du monde mêle humour noir et satire avec un côté très tragique. C’était quoi vos inspirations pour le ton ? 

Les frères Coen, ça a été une vraie référence. Mais je suis surtout parti du principe qu’avec ce film, il ne fallait pas trop qu’on sache si on doit rire ou pleurer. Il se regarde de différentes manières. 

À de nombreuses reprises, vous utilisez des gros plans pour filmer votre personnage féminin. Pourquoi ce choix ? 

Le personnage joué par Melvil Poupaud fantasme complètement sur cette mannequin, qui est considérée comme la plus belle fille du monde parce qu’elle a fait une campagne de parfum, affichée dans tout Paris. Il la fantasme et l’idéalise mais uniquement sur un plan physique. Les gros plans, c’est son regard à lui, qui la regarde comme une œuvre d’art. C’est ce qui est pathétique dans ce personnage. En filmant en plan large, on restait à distance de la situation et ça devenait trop ridicule. Mais ce qui était dangereux, c’est que je voulais que le spectateur soit dans ses yeux à lui, tout en comprenant que ce n’était pas mon regard à moi, en tant que réalisateur. Je n’avais pas envie que le spectateur profite de ce regard-là ni d’en faire quelque chose de sexuel. C’est pourquoi, même s’il y a une scène de sexe dans le film, il n’y a pas de nudité. 

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La Plus Belle Fille du Monde

Comment avez-vous travaillé l’évolution visuelle du personnage de Melvil Poupaud ? 

Au départ, j’imaginais un personnage moins beau que lui, avec une vraie dégaine de loser. C’est mon agent Grégory Weil qui m’a parlé de Melvil Poupaud et ce n’était pas bête parce que ça évite le cliché du mec pas terrible qui rêve d’une fille hyper jolie. Ce n’est pas ça le sujet du film. Là, c’est un quinquagénaire plutôt charmant, qui au fur et à mesure dépérit. Il change de coupe de cheveux pour elle, puis à la fin, se transforme complètement physiquement. Ça reflète tout ce qui se passe à l’intérieur de lui. Il y a aussi énormément de plans où le personnage se regarde dans un miroir. Les gens ne vont pas forcément le remarquer mais ça renvoie de manière souterraine le message du film. C’est un film qui parle du regard qu’on porte sur les autres et sur nous-même. 

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La Venue de l’Avenir

Votre carrière de réalisateur a commencé dès 2017 en réalisant des clips, et notamment en cosignant certains de votre frère Aliocha Schneider. Ici vous co-composez la musique du film. Quelle place occupe la musique dans ce processus de réalisation ? 

Quand j’ai écrit le film, j’avais indiqué des musiques très précises dans le scénario. Des chansons a cappella jazz du groupe The Swingle Singers. Ils sont excellents et ça permettait de donner du rythme et d’avoir ce côté ridicule, drôle mais aussi tragique. Mais au tournage, on s’est rendu compte qu’avoir les droits, c’était une tannée. Donc on est reparti de zéro, et Benjamin Grossmann a commencé à travailler dessus. De mon côté, je fais beaucoup de piano et de guitare et je me suis mis à faire des maquettes, à les lui envoyer et on a commencé à collaborer ensemble. Au bout d’un moment, il a eu la générosité de me proposer de signer avec lui. 

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Le Comte de Monte-Christo

C’est quoi la suite pour vous en tant que réalisateur ? 

J’écris mon premier long métrage mais je ne sais pas combien de temps ça va me prendre. C’est un film très personnel, beaucoup moins barré que ce court métrage. J’y raconte une partie de mon adolescence. Quand j’avais quinze ans, j’ai vécu certains événements et je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse un film et donc qu’il fallait que je sois réalisateur. C’est comme ça que je suis arrivé au cinéma. C’est un film très important pour moi et c’est le bon moment pour le faire. Le premier film qu’on fait doit être très personnel