Valeria Bruni Tedeschi : « J’aime tellement la comédie que lorsque c’est stupide, c’est comme si ça me salissait »

L’actrice italo-française est aussi jouissivement méchante en aristocrate fin de siècle dans la série « L’Art de la joie » que passionnée dans le rôle-titre d’ »Eleonora Duse », biopic sur la plus grande tragédienne transalpine. De quoi nous encourager à la passer au grill de notre questionnaire cinéphile.


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3 personnages de fiction pour mieux vous connaître ?

Mabel dans Une femme sous influence [1974, ndlr], Minnie dans Minnie et Moskowitz [1971, ndlr] et, pour ne pas citer que des films de John Cassavetes, le personnage qu’interprète Marisa Paredes dans Talons aiguilles [1991, ndlr] de Pedro Almodóvar. Ces trois femmes recherchent une vérité qui les rend inadaptées, et j’y reconnais quelque chose de moi. Un philosophe italien dit que la base d’une société, c’est l’hypocrisie. J’arrive à être hypocrite, mais, au fond, cela ne me rend pas heureuse et je m’en veux de m’adapter.

3 cinéastes avec lesquels vous rêveriez de tourner ?

Justine Triet et Joachim Trier, car je sens chez eux une façon de travailler avec les acteurs qui permet une grande investigation des personnages. Je ne crois pas qu’ils aient une idée très précise de leurs personnages avant d’avoir leurs interprètes, ils laissent les comédiens en prendre possession. Et parce qu’ils ont beaucoup d’humour. Il y a aussi Matteo Garrone, pour des raisons totalement différentes : j’aime son cinéma. Ce ne serait pas tellement pour ce que cela m’apporterait en tant qu’actrice, mais pour participer à sa vision du monde. On peut en citer quatre ? Car il y a aussi Pedro Almodóvar, que je vois comme un peintre. J’aimerais me mettre au service de son cinéma, un mélange de tragédie, de drôlerie et de folie.

3 films italiens pour mieux comprendre ce pays ?

Miracle à Milan [1951, ndlr] de Vittorio De Sica, Amarcord [1973, ndlr] de Federico Fellini et Le Guépard [1963, ndlr] de Luchino Visconti.

3 films dans lesquels vous aimeriez vivre ?

Falling in Love [d’Ulu Grosbard, 1984, ndlr] pour pouvoir tomber amoureuse de Robert De Niro jeune, et n’importe quel film avec Marcello Mastroianni pour, pareil, avoir une histoire d’amour avec lui. Et puis, une comédie musicale, car j’adore chanter et danser, donc Les Parapluies de Cherbourg [de Jacques Demy, 1964, ndlr].

3 choses qui vous agacent au cinéma ?

Les films qui vont dans le sens du vent, ceux qui prennent au piège le spectateur avec une émotion facile, et les comédies bêtes. J’aime tellement la comédie que lorsque c’est stupide, c’est comme si ça me salissait.

3 femmes aussi peu conventionnelles que la Duse, qui mériteraient de voir leur vie adaptée à l’écran ?

Joséphine Baker, Mère Teresa parce qu’il y avait une part d’ombre incroyable en elle. Pour la troisième, j’irais plutôt chercher dans la mythologie grecque. Un biopic sur Héra, la femme de Zeus, qui est très méchante, mais aussi extrêmement trompée, et se transforme, se déguise, fait à peu près tout pour se venger. J’aime les personnages vilains, comme la princesse Gaïa, que je joue dans L’Art de la joie. J’ai pu être méchante de façon très joyeuse, travailler avec ma propre méchanceté enfouie… enfin, pas très enfouie, d’ailleurs, mais un peu cachée.

Eleonora Duse de Pietro Marcello, Ad Vitam (2 h 02), sortie le 14 janvier