
D’où vient votre amour des monstres ?
Je pense que cet amour vient déjà du fait que je suis juste un gars très, très étrange (rires) ! Mais je fais surtout partie de la première génération à avoir grandi devant une télévision. Or, aux États-Unis, on y diffusait le week-end des films d’horreur. Je les adorais, mais j’adorais surtout les monstres. J’ai donc commencé à me poser des questions : comment la tête de cette créature peut-elle être carrée ? Comment ce gars peut-il être recouvert de poils et ressembler à un loup ? Un peu plus tard, j’ai commencé à lire le magazine Famous Monsters of Filmland, et j’y ai découvert que fabriquer des monstres était un métier. Forcément, j’ai voulu faire ce boulot et le faire mieux que tous ces gens que j’admirais ! Plus tard, ma génération a bénéficié d’un grand changement dans l’industrie. Pendant longtemps, Hollywood fut sous le joug du népotisme : il fallait appartenir à une famille travaillant dans le cinéma pour espérer s’y faire une place. Mais la situation a été chamboulée dans les années 1970, alors que beaucoup de productions se sont montées en dehors du système. Comme beaucoup de confrères, j’ai donc pu rentrer dans l’industrie de cette façon, alors que je venais d’un milieu plutôt pauvre et totalement étranger au milieu. C’est ce qui explique, en partie, le boum des maquillages d’effets spéciaux au milieu des années 1970.
D’où vient votre amour des monstres ?
Je pense que cet amour vient déjà du fait que je suis juste un gars très, très étrange (rires) ! Mais je fais surtout partie de la première génération à avoir grandi devant une télévision. Or, aux États-Unis, on y diffusait le week-end des films d’horreur. Je les adorais, mais j’adorais surtout les monstres. J’ai donc commencé à me poser des questions : comment la tête de cette créature peut-elle être carrée ? Comment ce gars peut-il être recouvert de poils et ressembler à un loup ? Un peu plus tard, j’ai commencé à lire le magazine Famous Monsters of Filmland, et j’y ai découvert que fabriquer des monstres était un métier. Forcément, j’ai voulu faire ce boulot et le faire mieux que tous ces gens que j’admirais ! Plus tard, ma génération a bénéficié d’un grand changement dans l’industrie. Pendant longtemps, Hollywood fut sous le joug du népotisme : il fallait appartenir à une famille travaillant dans le cinéma pour espérer s’y faire une place. Mais la situation a été chamboulée dans les années 1970, alors que beaucoup de productions se sont montées en dehors du système. Comme beaucoup de confrères, j’ai donc pu rentrer dans l’industrie de cette façon, alors que je venais d’un milieu plutôt pauvre et totalement étranger au milieu. C’est ce qui explique, en partie, le boum des maquillages d’effets spéciaux au milieu des années 1970.

Ne pensez-vous pas aussi que Dick Smith, responsable des effets spéciaux de L’Exorciste et du Parrain, a été également instrumental dans l’essor des effets spéciaux à cette époque ?
C’est une évidence. Dick a débuté dans les années 1950 à la télévision en tant que maquilleur classique. Il était basé sur la côte est et quand les producteurs ont commencé à lui commander des choses plus complexes, il a téléphoné à ses confrères de la côte ouest pour demander de l’aide. Mais tous gardaient leurs secrets de fabrication. Dick a donc dû se débrouiller : il a inventé ses propres techniques, avec des résultats bien supérieurs à ce qui se faisait à Hollywood. Plus tard, quand il s’est fait un nom dans le milieu, Dick Smith s’est juré d’aider tous les aspirants maquilleurs qui viendraient lui demander conseil. J’ai été l’un des chanceux à avoir profité de son parrainage, mais aussi de son amitié. En suivant son modèle, la plupart d’entre nous a tâché de partager ses connaissances. Cette attitude a fait énormément progresser notre corps de métier. Et je crois que c’est une des raisons qui explique que nous vivions, actuellement, un âge d’or des effets spéciaux : ils n’ont jamais été aussi bons qu’aujourd’hui. Mieux encore : quand j’ai débuté, l’industrie se limitait à Los Angeles, New York et il y avait un gars, Stuart Freeborn [maquilleur britannique qui a notamment travaillé sur 2001, L’Odyssée de l’espace, et la première trilogie de La Guerre des étoiles – ndlr], à Londres. Aujourd’hui, il y a des artistes d’effets spéciaux tout autour du monde. En France, il y a ce gars hallucinant, Fred Lainé [Le Règne animal, ndlr]. Je lui ai envoyé une lettre de fan et l’ai invité à visiter mon atelier à Los Angeles.
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J’ai adoré votre récente prestation dans le vidéoclip d’Anthrax. Ne pensez-vous pas qu’il faille avoir un talent d’acteur pour être un bon créateur de monstres ?
Oui, je le pense. Nous voulions tous devenir Lon Chaney [acteur transformiste des années 1920, célèbre notamment pour Le Fantôme de l’opéra de Rupert Julian, ndlr]. Par ailleurs, sur la quasi totalité de mes projets, je faisais un test sur mon visage pour voir si le masque n’entravait pas trop les mouvements du comédien. Enfin, j’ai joué plein de singes dans beaucoup de films, dont King Kong dans le remake réalisé par John Guillermin en 1976. Plus accessoirement, j’ai rencontré mon épouse en faisant un caméo dans Série Noire pour Nuit Blanche de John Landis. Je jouais un dealer et elle une prostituée (rires) ! Donc, oui, je suis un peu comédien, comme la plupart de mes confrères.

Beaucoup de vos collègues se sont essayés à la mise en scène. Mais pas vous, pourquoi ?
On m’a fait plusieurs fois la proposition. Par exemple, j’avais refusé de réaliser Pumpkinhead – le démon d’Halloween avant qu’il ne soit proposé à mon feu confrère Stan Winston [qui a travaillé sur Terminator, Jurassic Park, ndlr]. Si j’ai toujours refusé ces propositions, c’est pour deux raisons. La première, c’est que je suis trop sensible. Mettre en scène demande un tel investissement, que je n’aurais pas supporté que des producteurs, des critiques ou le public piétinent mon film. Ensuite, à Hollywood, tout le monde veut devenir réalisateur. Or, mon objectif a toujours été de devenir un artiste des effets spéciaux, rien de plus, rien de moins.
Dans le courant des années 1990 et 2000, votre studio, Cinovation, est devenu énorme, avec des centaines d’employés travaillant sur Gremlins 2, Men in Black, La Planète des singes ou Le Grinch. Avez-vous apprécié ces expériences qui faisaient de vous plus un superviseur qu’un artisan ?
C’est vrai que je ne suis pas rentré dans le métier pour devenir un patron. Le côté business du métier m’a toujours profondément déplu. Mais même si ces projets étaient gigantesques, je faisais en sorte de rester le designer principal des créatures et de sculpter au moins un personnage. D’autre part, j’adorais voir le travail des autres artistes. On me demande souvent ce que je regrette le plus depuis que j’ai pris ma retraite. Et bien c’est ça qui me manque : voir d’autres confrères faire des choses incroyables.
A-t-on tenté de vous sortir de votre retraite ?
Pas vraiment. Mais je n’ai pas cherché de travail non plus. J’ai arrêté de travailler parce que je ne m’amusais plus. J’ai maintenant 76 ans, j’ai de l’arthrose, je viens de me faire opérer de la cataracte, mon corps me fait souffrir un peu plus chaque matin… Et je sais très bien que le jour où mon corps ne me permettra plus de faire ce que j’aime, je serais dévasté si je n’ai pas pris le temps de créer tant que je le pouvais. Donc j’ai quitté le cinéma pour retourner là où tout avait commencé : je suis comme quand j’avais dix ans et que je bricolais des monstres dans ma chambre d’enfant. J’ai commencé comme ça, je finirai comme ça.
Merci à Lorenzo Feldhandler et Savina Petkova.
