
C’était jusqu’ici le secret le mieux gardé des queers cinéphiles et des fans de weird cinema. Celles et ceux qui ont pu découvrir I Saw The Glow, inédit en France, en portent encore la trace. Pas comme d’un chef-d’œuvre propret et bien mis mais comme d’un rêve étrange, vaporeux, à la fois irréaliste et tangible, du genre qui hante pendant des années.
Le deuxième long métrage de l’Américain.e raconte l’histoire de deux ados (joués par Justice Smith et Jack Haven) fans d’une série proche de Buffy contre les vampires, The Pink Opaque. Les deux misfits s’y réfugient de manière compulsive jusqu’à ce que la différence entre réalité et fiction se trouble – voire s’anéantisse.
Un récit et une atmosphère entre les cinémas de Lynch et de Cronenberg, qui contiennent une réflexion autour des écrans et de la fiction qui aident à vivre autant qu’une grande allégorie sur la transidentité, avec notamment ses personnages qui s’interrogent sur la réalité, qui passent d’un monde à l’autre et se replient face à un monde hostile.
Sans surprise, Jane Schoenbrun, né.e à New York en 1987, est évidemment obsédé.e par Buffy – au point d’avoir lancé des rumeurs sur la série sur des forums au moment de la diffusion, qui étaient crues à l’époque – et Twin Peaks, dont iel a rêvé de la fin à de multiples reprises avant la sortie de Twin Peaks : The Return (2017).
Elevé.e dans une banlieue morne du comté de New York, iel parvient à travailler comme assistant.e de production sur des courts métrages des frères Safdie pendant ses études de cinéma à la Boston University. Dans les années 2010, Jane Schoenbrun écrit des articles pour le magazine Filmmaker, est un temps en charge des partenariats pour la plateforme de financement participatif Kickstarter et programme des films dans différents événements.
C’est en 2018 qu’ iel sort un premier film sur Vimeo, un documentaire à base de faux found-footage autour du mythe du Slenderman, A Self-Induced Hallucination. Retiré depuis, l’idée de l’oeuvre était de démontrer la capacité des vidéos faites par des internautes à créer une communauté virtuelle et à forger de nouveaux mythes.

Trois ans plus tard sort We’re All Going to the World’s Fair, son premier long métrage de fiction, qui fait sa première à Sundance et inaugure ce que Schoenbrun a baptisé sa Screen Trilogy (« la trilogie de l’écran » – on pense évidemment à la « Teen Apocalypse Trilogy » de Gregg Araki). Entre coming-of-age et horreur psychologique, le film explore la relation virtuelle entre une ado solitaire qui participe à un challenge en ligne et un mystérieux contributeur qui semble plus âgé qu’elle.

Teenage Sex and Death at Camp Miasma, annoncé en ouverture de la section Un certain regard 2026, est le dernier volet de la Screen Trilogy. Il est présenté comme un slasher sur une réalisatrice queer (Hannah Einbinder, géniale dans la série Hacks) chargée de mettre en scène le nouveau volet d’une franchise de slashers.
Elle devient obsédée par le fait de caster l’actrice qui jouait la final girl dans le film original et qui vit aujourd’hui recluse (Gillian Anderson, l’héroïne de la série X-Files que Schoenbrun vénérait aussi, ado). Les deux commencent à travailler ensemble et sombrent dans une « obsession psychosexuelle ». Avec, cerise sur le gâteau, Eva Victor (Sorry, Baby) au casting.
