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PORTRAIT: Marc Fraize, génie de la gêne

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Marc Fraize, admiré par Éric Judor qui l’a embarqué dans son Problemos l’année dernière sur la foi d’un one-man-show, puis aperçu dans Le Redoutable de Michel Hazanavicius, est aujourd’hui à l’affiche d’Au Poste !, le polar comique de Quentin Dupieux, lui aussi tombé sous le charme biscornu de l’humoriste de 44 ans. Mais qui est donc cet hilarant hurluberlu, adepte du silence gênant et du contrepied qui tue, plus connu sous le nom de Monsieur Fraize.

Pour l’instant, il n’est qu’un second rôle comique. Mais aussi fugaces soient-elles, comme chez Hazanavicius, ses apparitions cinématographiques font mouche. Avec ses faux airs de monsieur Tout-le-monde, Marc Fraize (c’est son vrai nom) vole les scènes sans ciller. Que ce soit dans la satire zadiste Problemos, où sa tirade anti-chips croustillants dans les supermarchés est appelée à devenir culte, ou bien dans le dernier délire métapolicier de Quentin Dupieux, Au Poste !, dans lequel il donne le change à la bête comique Benoît Poelvoorde avec une présence désarmante, sa force de frappe sur les zygomatiques est si chirurgicale que l’on aurait tendance à regretter de ne pas le voir un peu plus.

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Mais cette propension à ne pas laisser son public dans le confort, pour ne pas le lasser, ressemble fort à Marc Fraize. Quitte à mettre mal à l’aise tout le monde. Le grand public découvre ainsi son personnage d’inadapté social avec effarement sur France 2, en 2011, sur le plateau d’ »On n’demande qu’à en rire ». Là, devant des millions de téléspectateurs habitués à un déferlement de vannes, Monsieur Fraize, son personnage clownesque en polo rouge et pantalon vert, décide d’imposer un silence interminable. Quand Laurent Ruquier finit par l’interrompre, Monsieur Fraize lui répond du tac au tac : « Mais j’attends qu’on me dise le top ! » Suite à ce trait de génie, Ruquier aura cette sentence : « Il faut être très gonflé pour faire ça. Ou il faut être vraiment malade.  »


Au poste, Quentin Dupieux, Copyright Diaphana Distribution

Malaise Blaise


Fraize, bien sûr, n’a rien d’un inconscient. À l’orée des années 2000, lassé de son job déprimant dans l’hôtellerie de luxe, il façonne son alter ego dans les cafés-théâtres de la région lyonnaise. « J’ai construit mon personnage petit à petit, en observant, en me rendant compte que je me faisais chier sur les blagues un peu trop faciles, puis en allant chercher l’originalité. Étant un spectateur très difficile en matière d’humour, je me devais d’être exigeant avec moi-même. Il fallait que je dénote. Or, Ruquier a mis le doigt dessus : “Vous ne dites rien. Vous êtes un fainéant. Il y en a qui s’emmerdent à écrire des textes…” Je me suis dit : “C’est vrai, je ne fais pas grand-chose, donc je vais en faire ma spécialité !” J’avais déjà des dispositions à installer de la gêne, j’en ai fait une force.  »Cette démarche subversive évoque l’Américain Andy Kaufman, maître du malaise dont la vie a été portée à l’écran par Miloš Forman dans Man on the Moon en 1999. Mais Marc Fraize cite plutôt Pierre Desproges, Albert Dupontel, Coluche. «  J’ai été influencé par les gens qui faisaient des one-man-show dans les années 1980-2000. Je ne sortais pas beaucoup, donc c’était à la télé. Ce qui m’impressionne, c’est la capacité de faire rire à la fois les gosses et leurs parents  »», explique ce père de famille désormais installé à Bourgvilain, un village de trois cents habitants en Saône-et-Loire. « J’adore aussi Peter Sellers dans The Party, et Mr Bean, ce mec poilant qui ne dit rien. »

« Je ne fais pas grand-chose, donc je vais en faire ma spécialité! »

Très à l’aise pour habiter le silence lui aussi, Fraize le burlesque se retrouve dans le film de Quentin Dupieux le plus bavard à ce jour. Un paradoxe. Mais revenons à Kaufman. « Ce fut une découverte tardive, j’avais déjà dix ans de scène, et mes yeux étaient écarquillés. “Pas possible, si c’est pas un frangin, c’est un cousin celui-là !” Même dans la gestuelle, il y avait des similitudes. J’étais content de ne pas être seul à être débilos… Sa vie m’a aussi intéressé : quand le stand-up est arrivé aux États-Unis, il a tout pris à contrepied : les mecs donnent tous l’impression qu’ils assurent ? moi je vais donner l’impression aux gens que je n’assure pas… Il ne se considérait pas comme un comique, mais comme un équilibriste. Pour lui, un challenge, ça pouvait être de vider une salle… Et il y arrivait ! ». Et Monsieur Fraize ? « Oui… Mais pas volontairement ! ».

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