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Antoine Reinartz : portrait d’un acteur en pleine ascension

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C’est une silhouette nerveuse, volubile et précise que le cinéma français a tôt fait d’essayer de dompter. Apparu aussi bien chez des auteurs comme Robin Campillo (120 battements par minute, avec à la clé un César du meilleur acteur dans un second rôle) ou Arnaud Desplechin (Roubaix. Une lumière) qu’à l’affiche de succès populaires comme La Vie scolaire de Mehdi Idir et Grand Corps Malade ou Les Invisibles de Louis-Julien Petit, Antoine Reinartz a multiplié les seconds rôles marquants en à peine deux ans.

Quand  on évoque sa carrière de comédien, Antoine Reinartz, assis sur la banquette tordue d’un troquet parisien, contemple très concentré les quelques années qui viennent de s’écouler, les yeux rivés sur son lait fraise (sa boisson préférée). Né au cinéma sur les marches de Cannes et porté par l’émotion forte qui accompagna 120 battements par minute (2017), l’acteur lorrain de 34 ans explique son succès soudain par une pirouette. «Je ne sais pas trop ce que ça veut dire, une carrière… Bizarrement, j’ai l’impression d’être là où je dois être. J’ai eu un parcours personnel assez chaotique [des études de management qui l’emmènent à New York, un poste dans la réinsertion des détenus, le Conservatoire de Paris, dont il sort en 2014, ndlr]. Et puis, soudain, à 30 ans, quelque chose s’est débloqué, et tout est allé très vite. C’est encore un peu vertigineux pour moi.»

Il a pourtant construit en un temps record une carrière exemplaire. 120 battements par minute, donc, mais aussi Les Invisibles, Roubaix. Une lumière, Alice et le maire, La Vie scolaire, aujourd’hui Chanson douce de Lucie Borleteau. Des films qui regardent la France en face, s’interrogent sur la solidarité. Du cinéma politique qui fait écho au parcours associatif de l’acteur. Militant queer de longue date, très impliqué dans le développement de la culture ballroom en France (il a longtemps organisé lui-même des balls), Antoine Reinartz n’aime rien tant que la force motrice du groupe. Logique, quand on a fait ses armes sur les planches du Conservatoire.

La première fois qu’on l’a croisé, il portait une perruque longue, une chemise à jabot et lançait des petits pains au lait rassis d’un air excédé sur le public hilare des Trois Mousquetaires, fabuleuse série théâtrale en six épisodes par le collectif 49 701. Un chef-d’œuvre pharaonique de près de douze heures dans lequel la troupe menée par Jade Herbulot et Clara Hédouin redonnait vie avec une inventivité pop stupéfiante au célèbre roman d’Alexandre Dumas. «Plus jeune, je rêvais d’être Isabelle Adjani, confie Reinartz. Quand je suis monté sur scène, on m’a très vite fait comprendre que ça allait être compliqué. J’ai une nature comique, c’est comme ça. Le côté collectif, populaire, excentrique, la rapidité et en même temps l’exigence du texte des Trois Mousquetaires, c’est tout à fait moi.»

MARATHON MAN

Pourtant, cette vis comica (« force comique »), le cinéma l’a encore très peu exploitée. Parfait en père surmené indolent face à Leïla Behkti et Karin Viard dans l’adaptation du roman Chanson douce de Leïla Slimani, Antoine Reinartz imprime plutôt sur les écrans une colère rentrée, à travers des personnages souvent agacés ou inquiets qui décrivent une société en crise. «Je rêve de pouvoir faire une grande comédie au cinéma. Mais pour l’instant on ne m’en propose pas. Je ne sais pas si ce sont mes cernes ou mon côté fragile, mais on ne me propose que des mecs en plein burn-out», plaisante-t-il. Peut-être le revers amusant de cette ascension rapide. Mais le comédien ne cache pas ses moments de doute. Si 120 battements par minute a été un fabuleux coup d’accélérateur, un film à propos duquel il dit s’être «battu pour en être», l’euphorie a été entachée par un accident qui l’a immobilisé pendant plus de six mois. «Au moment où tout s’accélérait, où j’aurai dû kiffer, je me suis juste demandé comment j’allais survivre et si un jour j’allais être capable de rejouer.» Même ce César du meilleur acteur dans un second rôle dès sa première nomination ne lui fait pas tourner la tête. «Quand tu sors du Fouquet’s avec ton César et que tu rentres tout seul dans ton petit studio parisien, ça fait relativiser. Et tant mieux. Une des choses que la culture ballroom m’a apprise, c’est la valeur du travail. On n’est jamais arrivé.» En tournage actuellement et en simultané d’Arthur Rambo, le nouveau Laurent Cantet, et de Petite Nature, le prochain Samuel Theis, on se dit que la course vers les sommets d’Antoine Reinartz ne fait en fait que commencer.

PHOTOGRAPHIE : JAMES WESTON

Chanson douce de Lucie Borleteau, StudioCanal (1 h 40), sortie le 27 novembre

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