
Dans Orphelin, les blessures sont partout, profondes et indélébiles. Il y a celles que le peuple hongrois vient à peine de panser, la narration débutant peu après l’échec de l’insurrection populaire de l’automne 1956. Le régime communiste a durement réprimé les contestataires.
Mais les traces de la Shoah demeurent encore vives, surtout auprès d’Andor, un jeune juif né à la fin de la Seconde Guerre mondiale, élevé dans un orphelinat avant d’être recueilli par sa mère. Le film commence d’ailleurs par un flash-back, alors que le gamin, apeuré, se cache dans la souche d’un arbre. Adolescent, il découvre son vrai père, un boucher brutal, interprété par le puissant Grégory Gadebois…
Pour son troisième long métrage, László Nemes poursuit son auscultation de l’histoire, onze ans après son Grand Prix au Festival de Cannes pour Le Fils de Saul. Il est de nouveau question de filiation, des horreurs du siècle dernier et de leurs empreintes monstrueuses. Comme à son habitude, le cinéaste adopte une mise en scène austère, parfois lugubre, avec une lumière jaunâtre. La caméra se met à hauteur d’enfant, suivant Andor sous une chaudière ou derrière des fenêtres salies par lesquelles il observe un monde dégueulasse. La violence qui l’entoure, par ses yeux, n’en devient que plus insupportable.
Orphelin de László Nemes, sortie le 11 mars, Le Pacte (2 h 13)

