
Trente ans après, Damon Albarn l’a admis en interview. Ce n’est pas son groupe, Blur, qui a remporté la bataille de la brit pop, mais bien son rival, Oasis. Pourtant, à l’été 1995, l’émission Top of the Pops a déclaré que les Mancuniens étaient perdants dans les charts. « C’était impossible d’être né à Liverpool et de ne pas être pour Oasis. Quand tu vivais dans l’Angleterre prolo des années 1990, tu n’étais pas représenté. Liam et Noel Gallagher incarnaient un gros fuck », nous raconte Róisín Burns qui, après deux premiers courts documentaires, recompose par la fiction cette nuit qu’elle a vécue à l’été 1995 dans Wonderwall.
La retransmission grésillait tellement que la fillette a fini par taper sur la télé pour mieux capter. Résultat : un écran noir et un grand frère furieux à ses trousses. Pour lui échapper, Róisín Burns s’était hissée sur le toit d’une église, regardant le jour tomber. « Tout me paraît étrange dans ce souvenir, mais il m’a portée. J’ai cherché à savoir ce qu’il racontait de moi. » Élevée par une mère punk et un père syndicaliste, la cinéaste, arrivée en France pour apprendre la langue (« J’aime faire ce que je ne devrais pas faire. Le français, peu de gens de la classe populaire choisissent de l’apprendre. ») a grandi en étant fascinée par les tatouages de son grand-père marin autant que par les histoires de Roald Dahl, dans lesquelles les enfants triomphent des adultes.
Affectée par le rasement de son quartier d’enfance, elle imagine la fuite onirique d’une petite fille dans le Liverpool au milieu des années 1990. Dans les pubs, parmi les dockers en grève, celle-ci apprend les chansons ancrées dans le folklore et dans les luttes – un entrecroisement que la réalisatrice compte approfondir dans un long métrage documentaire. Et, dans la rue, la petite fugitive adresse un sourire complice à une travailleuse du sexe humiliée, qui lui lègue un couteau. Róisín Burns crée des séquences qui marquent comme des pochettes d’album stylisées, soudain animées, à travers lesquelles une émancipation se transmet.
