NOUVELLE STAR · Eya Bouteraa : « Ça fait du bien d’être dans un cocon, dans un regard doux sur les femmes »

Saisissante de justesse et de pudeur dans « À voix basse » de Leyla Bouzid (en salles le 22 avril), où elle trouve son premier rôle principal, la Tunisienne de 32 ans irrigue aussi de son audace « Sous les ruines » de Nadhir Bouslama, court remarqué et récompensé en février à Clermont-Ferrand.


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© Edouard Monfrais-Albertini

Percée solaire dans le gris d’un mardi de février, Eya Bouteraa nous enveloppe instinctivement de sa lumière à la table d’un café parisien. L’actrice revient tout juste de Berlin, où le troisième long métrage de Leyla Bouzid était présenté en compétition. Lors de leur premier rendez-vous, la réalisatrice franco-tunisienne n’est pas parvenue à déceler le caractère taiseux de son héroïne chez sa compatriote.

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Eya Bouteraa a alors travaillé d’arrache-pied pour trouver la retenue et le mystère de Lilia, cette trentenaire lesbienne qui rentre en Tunisie pour des obsèques et se lance dans une enquête introspective au contact des femmes de sa famille. « Ça fait du bien d’être dans un cocon, dans un regard doux sur les femmes, on dirait qu’un nuage te prend et te caresse », confie-t-elle à propos de cette première collaboration d’envergure, après une apparition dans Les Enfants rouges (2024) de Lotfi Achour et des mois de sessions d’improvisation dans le XXe arrondissement de Paris, ville où elle habite en alternance avec Marseille depuis huit ans.

Cette ancienne cheffe de projet en création digitale confirme sa capacité à incarner des personnages avec le très beau Sous les ruines de Nadhir Bouslama, prix SACD au festival international du court métrage de Clermont-Ferrand, où elle interprète une jeune femme sémillante qui, à l’aube de son mariage, oscille entre mélancolie et liesse auprès d’un cousin taiseux… et amoureux. « Je communique beaucoup avec le rire et le sourire parce que c’est une arme et une forme de résistance dans la vie. Je ne veux pas abdiquer face aux violences du monde », nous confie cette voyageuse impétueuse, qui chante aussi dans un groupe à Marseille et ne demande, pour la suite, que des rôles qui la bousculent.

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Sous les ruines de Nadhir Bouslama

À voix basse de Leyla Bouzid

Memento (1 h 53), sortie le 22 avril