
Se situer par rapport à la bande, y trouver sa place, savoir s’y affirmer ou s’en émanciper. Cette question qui traverse son court métrage, Arnaud Delmarle se l’est posée comme de nombreux jeunes hommes qui ne se sentent pas entrer dans les cases. « Je me recherchais beaucoup. Ces groupes de gars avec lesquels j’ai pu trainer au lycée enchaînaient les blagues machistes, homophobes. En même temps, ils étaient très tactiles entre eux, et je voulais travailler ce paradoxe-là. »
Le réalisateur, qui a quitté sa Normandie natale pour mieux se trouver dans une école de cinéma autour de Marseille (un départ sur lequel il écrit actuellement pour son premier long métrage) a décelé dans la lumière du Sud l’écrin parfait pour sa mise en scène, toute en discrètes fragilités, en regards de biais, en frôlements, en silences équivoques, très inspirée par la sensualité des corps à corps du Beau travail de Claire Denis. « Je me demandais comment figurer ce que ces corps avaient réprimé depuis si longtemps. La chaleur, l’été, ça permet justement aux émotions de se mettre à nu. »

Avec Léa Oury, sa coscénariste, il est parti de la difficulté des hommes de leur entourage à exprimer ce qu’ils ressentent. Le tandem a imaginé le retour d’Hicham (Wissem Romdhane), un militaire en permission, quelques jours dans son groupe de potes. Lucas (Rod Paradot), son ami, se trouve alors bousculé par cette réapparition. Au surlignage et au démonstratif, Arnaud Delmarle préfère la suspension. Ses héros ne posent aucun mot sur ce qui les lie, et le film gagne alors autant en aspérités qu’en trouble et en émotion, notamment dans une scène finale empreinte de douceur, où tout le groupe se prend dans les bras. « À l’heure où les masculinistes reviennent en force, je voulais montrer que les hommes peuvent aussi faire preuve de tolérance. Même si ça peut paraître utopiste, j’ai envie d’y croire. » Et nous pareil, aussi fort que lui.
