
Avec son grand sourire, sa cigarette à la bouche et du chocolat de Pâques à nous offrir, Louise Massin nous accueille avec bonne humeur malgré une désagréable panne de réveil. Sa spontanéité, son naturel sans chichi et sa générosité pourraient aussi définir le projet qui l’avait fait connaître en 2017. On découvrait sur Arte Loulou, une websérie pleine de fraîcheur, sur une trentenaire parisienne fêtarde et immature qui se découvre enceinte et doit apprendre à devenir adulte à mesure que sa grossesse avance. Louise Massin incarnait le rôle principal de ce coming-of-age, coécrit et coréalisé avec ses trois meilleurs amis (Alice Vial, Marie Lelong et Guillaume Pottier).
« Quand je suis tombée enceinte ça a été une période compliquée, notamment dans mon couple : je voyais mon compagnon continuer sa vie comme il voulait, aller au travail, alors que ce n’était pas le cas pour moi. J’ai compris que si je voulais continuer à travailler, il fallait que je crée », se rappelle l’actrice et réalisatrice, neuf ans après le lancement. Pionnière dans la création numérique française, la série avait à l’époque rencontré un vif succès critique et public : en plus de sélections dans les festivals (Séries Mania, La Rochelle…), la saison 1 avait engrangé 1,7 million de vidéos vues en 2018, d’après les chiffres communiqués par Arte. Ce personnage d’anti-héroïne a rencontré un bel écho, au point que Louise Massin se souvient avoir reçu des dizaines de remerciements de téléspectatrices. Une saison supplémentaire et un téléfilm plus tard (dans laquelle Loulou devait désormais gérer son fils de dix ans), on avait perdu la trace de l’actrice et réalisatrice, de retour en ce moment au cinéma dans La Petite Graine.

Adaptation du court-métrage La Charge Mentale, La Petite Graine est le quatrième projet des frères Rifkiss, Mathias et Colas. Il suit Céline et Denis, qui essayent d’avoir un enfant depuis plusieurs années, sans succès. Ils se tournent alors vers leur dernier espoir, l’amour de lycée de Céline, avec lequel elle avait failli avoir un enfant. « Jouer Céline, ça a été un défi, car c’était un vrai rôle de composition pour moi. D’habitude, on me fait jouer des personnages qui me ressemblent : solaire, grande gueule,… », raconte-t-elle avec émotion. Et on reconnaît effectivement bien là Loulou. Céline est plus douce malgré sa force et son courage. L’actrice avoue douter plus et s’assumer un peu moins. Malgré ça, elle s’empare de ce rôle de composition à merveille, notamment lors d’une longue scène de monologue où elle rappelle à son amour de lycée l’unique nuit où ils se sont aimés. « J’avais envie de refaire cette scène encore et encore mais on l’a eue du premier coup », rigole-t-elle.
Malgré ça, elle s’empare de ce rôle de composition à merveille, notamment lors d’une longue scène de monologue où elle rappelle à son amour de lycée l’unique nuit où ils se sont aimés. « J’avais envie de refaire cette scène encore et encore mais on l’a eu du premier coup. », rigole-t-elle.
Pourtant, le cinéma n’est pas le terrain de prédilection de Louise Massin, même si elle a très vite attrapé le virus du jeu. « C’était une vocation, je savais que je voulais jouer », nous a-t-elle confié. Mais cette quadra n’a pas grandi dans une famille cinéphile : ses premiers souvenirs de cinéma la ramènent chez sa meilleure amie d’enfance. « Elle avait plein de DVD qu’il n’y avait pas chez moi : Peau d’Âne, Les Demoiselles de Rochefort… » C’est là-bas que sa passion pour les comédies musicales naît et inspire un des épisodes de sa série Loulou, pensé sur cette forme.
Pressée de pouvoir jouer, elle passe son baccalauréat avant de faire l’École Nationale de Chaillot, pour faire du théâtre : « À l’époque j’étais convaincue de ne pas correspondre aux critères du cinéma. » Une carrière qu’elle poursuivra pendant une dizaine d’années avant Loulou. La jeune comédienne a par exemple joué dans une adaptation des Larmes amères de Petra von Kant de Rainer Werner Fassbinder, ou encore Le Nid des centres de Simon Falguière.
On retrouvera prochainement Louise Massin dans un petit rôle de Soudain, le nouveau film du cinéaste japonais et francophile Ryusuke Hamaguchi, présenté à Cannes en Compétition. L’histoire suit la directrice d’un établissement pour personnes âgées, incarnée par Virginie Efira, qui tente d’instaurer une philosophie de soins innovante pour ses patients. Loulou sur le red carpet de Cannes, on n’avait pas vu venir ça.
