
Le point de départ du film n’a rien d’original : on suit Lucia, une ado fraîchement débarquée dans la chorale de son école. En stage intensif entre les murs d’un couvent, elle est fascinée par sa camarade Ana Maria ; par ses grands yeux de biche comme par son assurance.
Pour sûr, Ana Maria, et surtout son interprète Mina Švajger, vraie révélation du film, dont les traits ont quelque chose d’un animal vorace, fascine aussi la cinéaste. Lucia (Jara Sofija Ostan) en est comme le miroir inversé : elle qui se pensait à l’abri des regards, à l’abri du monde, la voilà plongée dans un abîme drôlement charnel. Tout n’est que mise en scène dans Little Trouble Girls, qui assimile d’emblée ces jeunes filles qui chantent à des bouches béantes, des gouffres au bord de l’implosion.
La cinéaste ose des images fortes, des plans trop larges ou trop serrés, dont la charge sensuelle impressionne pour un premier film. C’est aussi une manière de fuir le récit classique, au profit d’une approche purement haptique. Le silence et l’inhibition qui règnent au couvent sont alors bousculés par des corps étrangers : ceux des jeunes filles qui y chantent et ceux des ouvriers qui y travaillent. Le tout dans une ébullition qui pose la question du désir comme possible espace de transcendance, au-delà des frontières archaïques entre corps et esprit.
Little Trouble Girls d’Urška Djukic, sortie le 11 mars, ASC (1 h 30)
