« Les Odyssées de Werner Herzog » : un cycle pour se plonger au cœur de l’œuvre du cinéaste-aventurier

Potemkine ressort un grand nombre de films de Werner Herzog, regroupés dans un premier temps autour de l’idée de « nature » (les deux autres thématiques, le « rêve » et le « chaos », se déploieront respectivement le 25 février et le 22 avril 2026). Entre fictions et documentaires, ce premier cycle, qui comporte sept films, nous emmène aux quatre coins du monde et questionne le rapport intime du cinéaste aventurier avec les paysages qu’il traverse inlassablement depuis plus d’un demi-siècle.


Werner Herzog Gasherbrum © Potemkine Films
Gasherbrum, la montagne lumineuse © Potemkine Films

Qu’est-ce qu’un paysage herzogien ? Deux réponses, sans doute, viennent à l’esprit : la jungle et le désert. La première aura vu s’inventer, au cœur de l’Amazonie péruvienne, un cinéma halluciné. Aguirre révèle en 1971 la grande forme de Werner Herzog, née de la rencontre entre les chœurs mystiques du groupe Popol Vuh et la démesure d’un acteur emblématique, Klaus Kinski. Ce film de quête vaine d’un Eldorado perdu dans « l’Enfer vert », trouve un écho direct avec Fata Morgana, tourné la même année au Sahara.

Ce documentaire qui ressemble à un trip visuel bercé par les airs de Leonard Cohen, traque la naissance des mirages. Ces deux films ressemblent à des morceaux de rêve ; des visions échappées d’un accès de fièvre ou d’un état de transe. Tout Herzog n’est pas là, cependant.

La Soufrière et Gasherbrum, la montagne lumineuse explorent rétrospectivement une ville (Basse-Terre) évacuée de ses habitants en prévision de l’éruption imminente d’un volcan voisin, et l’ascension inédite de deux alpinistes s’apprêtant à gravir deux sommets du Karakoram de plus de 8000m sans retour au camp de base. Ces films formulent la tentation de fixer le vide ; les paysages d’un avant et d’un après de l’Histoire humaine, qui n’aura jamais été qu’une petite et grotesque parenthèse.

Cobra Verde et Le Pays ou rêvent les fourmis vertes, retours apaisés à la fiction, semblent au contraire réconcilier Herzog avec ses semblables. Dans ces adieux à Kinski (Cobra Verde) –  vieil « ennemi intime », alter-ego frénétique et figure d’autoportrait angoissé et monstrueux transformant les tournages en odyssées cauchemardesques –, comme dans ce plaidoyer en faveur d’aborigènes du bush australien expropriés par une compagnie minière (Le Pays où rêvent les fourmis vertes), le désert apparaît comme un lieu de tendresse.  Une terre gorgée d’un soleil éclatant qui réchauffe les âmes et les cœurs. 

Les Fourmis © Potemkine Films
Le Pays où rêvent les fourmis vertes © Potemkine Films

Les Ailes de L’Espoir, enfin, mêle aux paysages les souvenirs personnels du cinéaste. C’est un retour dans la jungle péruvienne sur les traces de Juliane Koepcke, unique survivante d’un crash aérien ; tragique vol LANSA 508 qu’Herzog lui-même aurait dû prendre, alors en tournage d’Aguirre. Guidé par cette femme au visage insondable à mille lieues des trognes carnavalesques et souvent masculines qui peuplent d’ordinaire son cinéma, le film bruisse de fantômes et finit par exorciser le passé du réalisateur. Libre, il sort de la jungle.

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: Les Odyssées de Werner Herzog (Potemkine Films) / Cycle 1 : La Nature (le 19 novembre au cinéma) – Cycle 2 : Le Chaos (le 25 février au cinéma) – Cycle 3 : Le Rêve (le 22 avril au cinéma)