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Le film du soir : « Zéro de conduite » de Jean Vigo

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Drôle, lyrique, mais aussi terriblement irrévérencieux : ce film de Jean Vigo sur l’affranchissement d’une jeunesse prisonnière des normes n’a pas pris une ride, et est à revoir en ligne gratuitement.

« Jeunes diables au collège » : tout le programme libertaire de Zéro de Conduite est contenu dans son sous-titre poétique. Dans ce moyen-métrage réalisé en 1933 qui s’attira les foudres de la censure – jugé « anti-français », le film fut interdit jusqu’en 1946 – Jean Vigo raconte la révolte féroce de jeunes pensionnaires dans un collège aux moeurs rigides et étriquées. Petit à petit, leurs esclandres menées avec la complicité d’un nouveau surveillant (Jean Dasté, inoubliable d’élégance) se transforment en véritable coup d’état contre le despotisme d’une institution académique et aliénante : le drapeau tricolore est jeté à terre, les méthodes pédagogiques archaïques raillées avec insolence…

Ce qui frappe, presque 90 ans après sa sortie, c’est l’intemporalité restée intacte de ce chef-d’oeuvre impertinent, sa capacité à saisir les moeurs répressives de la France d’avant-guerre pour les balayer d’un geste de la main, par une série de choix cinématographiques d’une modernité sidérante. Désobéissant dans son propos, le film l’est aussi dans sa forme. C’est un montage chaotique, parfois maladroit, qui privilégie l’urgence nerveuse de l’action à la limpidité de l’histoire ; des séquences presque expérimentales saturées de bruit (à cheval entre période muette et arrivée du parlant, le film tente de s’approprier les nouvelles techniques de sonorisation), des gros plans perturbants sur les visages crispés des adolescents, des dialogues sans filtre.

Le plus troublant, c’est cette façon qu’a Jean Vigo de saisir avec naturel le passage de l’insouciance individuelle à la prise de conscience collective, aussi douloureuse qu’émancipatrice. Notamment lors de cette scène iconique de liesse dans les dortoirs, parodie de procession religieuse à peine voilée, qui synchronise dans un même élan l’indiscipline du corps et de l’esprit. Au détour d’un ralenti irréel où flottent des plumes de coussins déchirés, on entrevoit furtivement le sexe d’un adolescent sous une chemise de nuit – ultime pied de nez de Jean Vigo aux tabous esthétiques de son époque – avant de suivre ces joyeux rebelles sur des toits ouverts aux cieux. Jolie métaphore pour signifier qu’ils ont définitivement enterré sous leurs pieds un vieux monde exsangue.

Une poésie anarchiste dont François Truffaut se souviendra 26 ans plus tard dans Les 400 coups, dans lequel il cite ce film – on ne peut évidemment pas s’empêcher de voir en Antoine Doinel un petit cousin éloigné de ces gamins dont la colère magnifique actait la naissance d’un nouveau cinéma lui aussi affranchi des conventions, celui de la Nouvelle Vague.

Tombé dans le domaine public, le film est disponible sur la plateforme Archive.org.

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