
Foraine condamnée à se faire électrocuter chaque jour sous les yeux de la foule, Suzanne (Anaïs Demoustier) rencontre Antoine (Pio Marmaï) sur un malentendu. Obligée de jouer les médiums pour se sauver d’une sale situation, Suzanne fait croire à ce peintre en panne d’inspiration qu’elle peut entrer en contact avec sa défunte femme. Un tour de passe-passe qui prend des proportions gigantesques quand Antoine se remet soudain à peindre grâce à ces mensonges. Mensonges qui font bien les affaires d’Armand (Gilles Lellouche), ami et marchand d’art d’Antoine…
Si ce postulat rigolo, sur fond de croyance et de fête foraine, semble au départ donner lieu à un simple vaudeville enlevé, c’est mal connaître le cinéma de Salvadori. Car le film s’ouvre petit à petit sur les zones d’ombres d’Antoine, sur son histoire d’amour avec cette femme disparue (Vimala Pons), pour mieux mélanger le passé et le présent, le mensonge et la vérité, et interroger l’art de nous raconter des histoires. Que reste-t-il après un coup de foudre ? Peut-être des gens cramés.
Véritable objet de désir, filmé comme rarement avec cette sensualité et cette liberté, Pio Marmaï incarne avec un chic fou ce peintre exsangue, triste d’amour, noyé de remords, et prêt à croire à toutes les histoires possibles pour réparer ce qui a été gâché. Face à lui, Anaïs Demoustier joue les arnaqueuses amoureuses avec une candeur qui lui va bien. Vimala Pons (lire p. 62), fantôme bien présent, élève le film vers des sommets par la grâce et la modernité folle de son jeu. Entraînant Gilles Lellouche dans sa roue, elle insuffle à cette Vénus électrique joyeuse et loufoque une mélancolie désarmante.
La Vénus Electrique de Pierre Salvadori, Diaphana (2 h 02), en salle le 12 mai.