
On l’a vue pour la première fois dans Panic Room de David Fincher (2002). Mais c’est dans la mythique saga Twilight que Kristen Stewart a marqué nos esprits. Bella Swan, l’héroïne qu’elle incarne, faisait alors rêver des milliers d’adolescentes, espérant voir leur existence prendre une tournure romanesque, grâce à l’amour passionnel qu’un vampire et un loup-garou lui portent.
Le temps a passé, et il ne reste plus, de cette jolie bluette, qu’un male gaze qui crève l’écran [théorisé en 1975 par Laura Mulvey, le male gaze désigne l’idée selon laquelle le regard masculin hétérosexuel est hégémonique dans notre culture visuelle, ndlr] : des femmes qui n’existent que pour le regard masculin, des hommes placés en sauveurs, beaucoup plus âgés – tout de même 126 ans pour Edward – avec des comportements de stalkeurs romantisés.
Lorsqu’Edward et Bella se séparent, que ce soit dans les films ou les livres, les images et chapitres défilent, blanc et immaculé, car, c’est bien connu, sans un homme, une femme n’est plus rien. Et ce male gaze, Kristen Stewart, qui a grandi en même temps que nous, s’en est bien rendue compte. Comment celle qui a participé à construire ce fantasme de l’héroïne en détresse est-elle devenue une icône queer et féministe, prête à redéfinir les codes du cinéma contemporain ?

C’est la question que pose la réalisatrice Romane Edinger avec ce documentaire, qui retrace la carrière de Kristen Stewart de ses débuts d’actrice à ceux de réalisatrice, avec The Chronology of Water. Entre témoignages d’expertes – Chloé Thibaud, autrice de Désirer la violence (ed. Les insolentes), Lucy Bolton, professeur de psychologie du cinéma – et images d’archive – films, interviews de l’actrice, articles et livres –, Romane Edinger utilise aussi la figure emblématique de l’actrice américaine, et les différentes intervenantes du documentaire, pour questionner de façon plus large la présence du regard féminin et queer au cinéma. Iris Brey, journaliste et autrice de Le regard féminin (ed. Points) nous parle par exemple de l’expérience et identification féminine dans la culture actuelle. Timé Zoppe, rédactrice en cheffe de TROISCOULEURS et créatrice de la rubrique Queer Gaze, analyse la façon dont Kristen Stewart a participé à populariser les personnages queer : “En tant que personne queer, on a dû adapter notre regard pour regarder des films et trouver des représentations qui nous allaient.”

Reprenant l’esthétique rom-com des années 2000 – couleurs pastel, items spécifiques, journal intime, paillettes et autocollants – et en occultant les hommes de l’image, le documentaire mobilise une ambiance girlhood proche de nos soirées pyjamas de collège – en légèrement plus politique, et c’est tant mieux.
L’heure n’est plus à Twilight mais à Love Lies Bleeding, film indé de Rose Glass dans lequel Kristen Stewart, aux côtés de sa petite amie bodybuildeuse (Katy O’Brian), faisait la peau au patriarcat.