
On le sait depuis Vermines et Vincent doit mourir : le cinéma de genre français se porte bien. Il n’a rien à envier à ses homologues américains et ce n’est pas Kraken qui viendra infirmer ce constat. Pour leur premier long métrage, les réalisateurs, Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes, qui ont signé la réalisation des épisodes de la très chouette série de comédie musicale ReuSSS (2022), s’attaquent à l’un des registres les plus codifiés de l’horreur : le slasher.
Cinq jeunes gens se retrouvent, par un concours de circonstances, coincés dans une tour abandonnée qui surplombe leur cité. Pas de bol : un boogeyman, aux méthodes sanglantes et expéditives, est prêt à les recevoir. Sorte de croisement entre La Tour, Halloween et la série Top Boy, le film refuse pourtant toute catégorisation trop évidente.
En multipliant les systèmes horrifiques, du jump scare au grand-guignol, Kraken s’autorise tout, comme un enfant devant un coffre à jouets, et trouve ainsi sa singularité et son plaisir. Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes n’en oublient pas pour autant leur toile de fond, la banlieue. Il suffit de voir ce méchant à l’arsenal digne d’un car de CRS pour comprendre à quel point le film s’inscrit dans des réflexions particulièrement contemporaines sur les violences policières, la ghettoïsation et l’abandon des cités, ainsi que l’impossible dialogue entre forces de l’ordre et jeunesse, aux conséquences délétères.
Mais préférant l’efficacité aux grands discours, comme tout bon film de frousse, les primo-cinéastes cherchent surtout à secouer un spectateur avide de sensations fortes tout en intronisant la cité de la Grande Borne à Grigny, leur lieu de tournage, dans le panthéon des plus beaux décors du genre.
