
Que se passe-t-il quand les enfants grandissent et que les familles expérimentent la distance ? Voilà le point de départ du dernier film de Jim Jarmusch, reparti de la Mostra avec la récompense suprême. On y croise, au gré de trois histoires, un frère et une sœur qui rendent visite à leur père, une mère qui attend ses filles pour le thé, et des jumeaux venus vider l’appartement de leurs parents disparus.
On y observe ces liens aussi naturels au départ qu’artificiellement entretenus par la suite, tout ce que la famille comporte d’obligations et d’hypocrisie, avec une mélancolie souvent comique – Charlotte Rampling en écrivaine à succès, qui soupire auprès de sa psy, est irrésistible. Father Mother Sister Brother joue sur la répétition de motifs (une expression étrange, une voiture, des verres d’eau) d’une histoire à une autre, donc d’un monde à un autre, pour révéler l’universalité de la solitude. Et s’il faut bien avouer que Jarmusch ne réinvente rien ni dans l’exercice de style ni dans le propos, il y a là une belle acuité dans l’étude des caractères. Pour peu qu’on se laisse embarquer dans les travellings signatures du cinéaste et qu’on se délecte de la place laissée à des pointures comme Vicky Krieps, Tom Waits ou Cate Blanchett, il est possible de trouver refuge dans un film doux comme un thé chaud en plein hiver.
Father Mother Sister Brother de Jim Jarmusch, sortie le 7 janvier, Les Films du Losange (1 h 51)
