Sébastien Vaniček et Souheila Yacoub pour Evil Dead Burn : « On voulait une horreur cathartique. »

Pour poursuivre sa franchise culte, qu’il a créée en 1981, Sam Raimi a choisi un Français, Sébastien Vaniček (« Vermines »). Un spin-off aussi inventif que terrifiant, en forme de satire horrifique de la famille, avec la géniale Souheila Yacoub. Le réalisateur et l’actrice nous parlent de leur rapport à la saga.


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Avant de travailler sur Evil Dead Burn, quel était votre rapport à la saga ?

Souheila Yacoub : C’était compliqué parce que les films d’horreur me provoquent un vrai stress. J’ai essayé de regarder plusieurs Evil Dead, mais je n’y arrivais pas. J’avais envie de faire partie de cette franchise et, en même temps, je savais que ça allait être difficile pour moi. Je voulais entrer dans cet univers sans lui manquer de respect, tout en me protégeant aussi. Du coup, j’ai beaucoup lu. J’ai regardé énormément de vidéos YouTube de gens qui expliquaient la saga, le Livre des morts [dans la saga, Le Livre des morts est un livre maléfique qui, lorsqu’on lit ses incantations, réveille des démons et déclenche des événements horribles, ndlr], son histoire… Et juste avant de partir en Nouvelle-Zélande [où a eu lieu le tournage, ndlr], mon meilleur pote m’a offert un montage d’Evil Dead Rise [dernier volet de la franchise réalisé par Lee Cronin et toujours produit par Sam Raimi, ndlr]. C’était le film, mais à chaque fois qu’il y avait une scène gore, il remplaçait les images par des petits chatons ou des petits chiots qui jouent. Et lui apparaissait dans l’image avec un petit micro pour raconter ce qui était en train de se passer. Ça m’a permis de comprendre les codes du film, le jeu, l’univers.

Sébastien Vaniček : Moi, j’ai découvert la saga avec celui de Fede Alvarez [Evil Dead, sorti en 2013, ndlr], qui est le remake du premier.   À l’époque, j’étais jeune ado et je me suis dit : « OK, ça me parle, c’est vénère. » Puis j’ai réalisé que le gars qui avait fait les Spider-Man, que j’adore, avait aussi tourné, très jeune, trois films considérés comme des grosses patates dans la bouche des spectateurs. Et tout ce qui est patate dans la bouche, ça me parle assez. Je me suis donc dit : « Attends, je vais voir ce que c’est. » Ce n’était pas mon réflexe d’aller voir des films des années 1980, je n’ai pas cette cinéphilie-là. Mais j’ai commencé à digger et j’ai découvert un cinéaste qui avait juste envie de faire n’importe quoi avec sa caméra et qui invente des choses. On pourrait dire que ça a vieilli, mais aujourd’hui encore, certains de ces plans, on les fait. Il a vraiment inventé un style de cinéma qui lui appartient. Et ça, c’est légendaire.

On retrouve aussi ce mélange très particulier entre horreur et slapstick qui caractérise Sam Raimi. Est-ce que c’était important pour vous de retrouver cette dimension dans Evil Dead Burn ?

S.V. : Ça, ça appartient à Sam Raimi. Le côté slapstick, c’est lui. Personne n’a envie de marcher sur ses plates-bandes. On lui laisse. On aurait pu se dire : « Allez, on retourne complètement vers ça. » Mais il y aurait eu trop de Sam Raimi. Ce qu’il fait, il le fait mieux que personne. En revanche, l’humour était très important pour nous. On voulait une horreur cathartique. On voulait qu’à certains moments, le spectateur ait envie de pouffer de rire. Il y a un personnage qui apporte du comic relief, il y a des situations grotesques. On peut rire tout en parlant de choses sérieuses, tout en faisant un film brutal, violent, très terre à terre. L’humour n’est jamais loin. Et puis, quand on développe un film comme ça, on le fait en rigolant. Sur le plateau, on passe un très bon moment. Parfois, on a envie de pousser certaines scènes plus loin, simplement parce que c’est beaucoup de fun.

S.Y. : Oui, c’est exactement ça. C’est un immense terrain de jeu. La mise en scène est un terrain de jeu, la caméra aussi, mais les performances également. Du peu de films d’horreur que j’ai vus, j’avais parfois l’impression que les réactions étaient un peu en dessous de ce que je ressentirais, moi. Je me disais : « Mais enfin, il y a des monstres absolument terrifiants qui viennent dans une maison ! » J’avais envie d’aller loin dans les émotions, parce que c’est aussi ça qui est amusant à jouer. On peut explorer énormément de directions différentes. Et puis, si on était restés dans quelque chose de beaucoup plus réaliste, ça aurait créé un décalage avec la mise en scène. Il fallait trouver un ton commun.

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Evil Dead de Sam Raimi

Certains aspects des premiers Evil Dead qui ont un peu vieilli, notamment dans leur représentation des personnages féminins…

S.Y. : C’est exactement la vision que j’avais, moi, des personnages féminins dans les films d’horreur. C’était souvent ça : être à moitié à poil et passer son temps à crier. En vrai, même quand je regarde les Spider-Man de Sam Raimi, ça me fait rire. Il y a plein de scènes où Kirsten Dunst est juste là à faire : « Aaaah ! » (rires). Si c’est pour faire un film d’horreur où je suis une scream queen, ça ne m’intéresse pas tellement. C’est justement ce dont on est partis. On voulait être à l’inverse de ça.

S.V. : On voulait écrire un personnage auquel on s’identifie. Alice est quelqu’un de très concret. Elle est en deuil, elle réagit de manière humaine. On voulait quelque chose de juste. Après, il ne faut pas oublier que, dans le premier Evil Dead, le personnage dont on parle est un personnage secondaire. Et puis ces films étaient faits pour déranger. À une certaine époque, provoquer passait aussi par ce genre de scènes [il évoque une scène de viol par un démon, ndlr]. C’était une autre manière de bousculer le spectateur.

S.Y. : Et je trouve très bien que ça existe. J’adore les scream queens. J’ai une amie qui joue dans Conjuring et je trouve ça génial que ce soit devenu un vrai code du cinéma de genre. Simplement, nous, on avait envie de raconter autre chose.

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Evil Dead Burn

Dans Evil Dead, l’environnement lui-même devient une menace. Tout semble pouvoir être possédé. Comment avez-vous travaillé cette idée dans votre mise en scène et dans le jeu ?

S.V. : Il y a quelque chose de très Evil Dead dans cette idée que tout peut être contaminé par le mal. Dans le deuxième film, il y a cette fameuse tête de cerf empaillée qui se met à rire face caméra. C’est complètement loufoque. Nous, on voulait respecter cet héritage, mais en se demandant comment l’adapter aujourd’hui. C’est aussi pour ça que la maison est dans cet état de décomposition. C’était une façon de matérialiser le mal, de lui donner une présence physique dans un lieu. On essaie toujours de rendre les choses crédibles, même dans un univers qui, par définition, ne l’est pas. Je trouve que c’est un défi passionnant. Pendant longtemps, on a voulu rendre les super-héros toujours plus réalistes, très terre à terre, comme avec The Dark Knight. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on est dans une autre période. Pour Evil Dead, je voulais que le spectateur s’identifie malgré les démons qui sortent de terre. Cette identification passe avant tout par Alice. C’est notre point d’entrée dans le film. Ses réactions sont souvent celles que pourrait avoir le spectateur. C’est ça qui m’intéressait.

S.Y. : C’était très important pour moi aussi. Je voulais qu’Alice remarque ce qui se passe. Autour de cette grande scène de dîner, il y a un personnage qui commence à se transformer, qui agit bizarrement. Je ne voulais surtout pas jouer comme si Alice ne voyait rien, chacun dans sa scène. Je me souviens avoir insisté là-dessus. Même si elle garde une forme de retenue, même si elle essaie d’être tolérante parce qu’elle sait ce que traverse cette famille, je voulais qu’on sente qu’elle observe, qu’elle note des choses étranges. Tout ce travail là, tout le non-verbal, était extrêmement important.

S.V. : Oui. Il fallait qu’elle garde cette tolérance, parce qu’elle est face à un père en plein deuil. Elle connaît aussi ce qui s’est passé juste avant, donc elle ne saute pas immédiatement aux conclusions. Mais il fallait que son regard raconte quelque chose. Tout ce jeu sans texte était essentiel.

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Massacre à la tronçonneuse

Pour terminer, on voulait vous montrer le fameux extrait de Massacre à la tronçonneuse, une scène de repas avec la famille tordue de Leatherface, le tueur du film. Impossible de ne pas penser à ce film devant votre scène de dîner…

S.Y. Ah oui ! Mais c’est génial. Cette scène est tellement malsaine… Tu te sens vraiment mal.

S.V. : Oui, c’est une très bonne référence. Pourtant, ce n’est pas un film dont on a énormément parlé pendant l’écriture avec Florent [le réalisateur et scénariste Florent Bernard, qui a coécrit le film avec Sébastien Vanicek, ndlr]. En réalité, la famille est arrivée assez tard. Au départ, il y avait surtout cette histoire d’amour. Puis est venue cette idée qu’en épousant quelqu’un, on épouse aussi une famille, qu’on accepte dans sa vie des gens qu’on n’a pas forcément choisis. Et cette scène de dîner est arrivée très vite. Je suis content qu’elle marque les spectateurs, parce que, pour moi, elle est vraiment au centre du film. Quand on va voir un Evil Dead, on peut avoir envie que ça parte immédiatement dans tous les sens. Mais cette scène sert à cristalliser toutes les tensions, à installer les dynamiques entre les personnages. Il s’y passe énormément de choses. Le mal vient déjà de partout. Et puis, techniquement, c’est une scène très complexe.

S.Y. : C’est drôle, je me faisais justement la réflexion que, dans beaucoup de projets auxquels j’ai participé, les scènes de dîner sont toujours des moments de bascule. Comme dans la vraie vie, finalement. J’ai l’impression que les grandes tensions familiales arrivent souvent autour d’un repas. À Noël, par exemple…

S.V. :  C’est le moment où quelqu’un va finir par parler politique. (rires)

S.Y. : Exactement. Il y a ces faux rythmes, ces silences… J’adore ça au cinéma. Quand tu sens qu’une phrase va finir par tomber, mais qu’elle arrive toujours au pire moment. Je trouve qu’on a essayé de retrouver cette sensation-là.

S.V. : Les silences sont très importants. On entend les couverts, les fourchettes contre les dents… Tout devient extrêmement malaisant. Tu peux avoir quelqu’un qui demande simplement : « Elle est bonne, ta purée, maman ? » Et cette simple phrase devient complètement inquiétante parce que tout ce qui se joue est ailleurs, dans les sous-entendus. J’adore travailler ce genre de tension. Et puis le spectateur connaît déjà les règles d’Evil Dead. Il sait que tout va finir par exploser. La question, c’est : quand ? Comment ? Et à travers qui ? C’est un jeu que j’adore.