
ÉDITO · Pio Marmaï est l’archétype du beau brun ténébreux. Pourtant, dès ses premiers rôles chez Rémi Bezançon – qui l’a révélé à l’écran –, après avoir démarré sur les planches, le Strasbourgeois a échappé à la case du BG décérébré cantonné à la fonction d’« intérêt amoureux » : grand frère un peu trop sérieux dans Le Premier Jour du reste de ta vie (2008), jeune père au côté de sa compagne en plein post-partum dans Un heureux événement (2011) ou vieux pote de lycée qui ragaillardit un type qui s’ennuie dans Nos futurs (2015). La suite a confirmé la tendance : l’acteur n’est pas qu’un physique. Il s’essaye avec succès à la comédie façon screwball, furieuse, enlevée, avec En liberté ! de Pierre Salvadori, en 2018. Il passe alors un cap dans son jeu, tandis qu’on perçoit mieux ses multiples dimensions : son intelligence, son énergie, sa drôlerie, mais aussi quelque chose de plus sombre, qu’il met à profit avec beaucoup de nuances.
Le comédien continue d’explorer cette complexité dans Mais vous êtes fous d’Audrey Diwan (2019), où il campe un cocaïnomane qui met malgré lui en danger sa famille, ou La Fracture de Catherine Corsini (2021), dans lequel il est un « gilet jaune » blessé en manif, confronté à ses préjugés quand il doit côtoyer un couple de femmes dans un service d’urgences saturé. Il diversifie encore sa palette en 2023 en adoptant avec classe la cape et l’épée pour devenir Porthos dans le diptyque Les Trois Mousquetaires de Martin Bourboulon, ou en parodiant le mauvais théâtre de boulevard dans Yannick de Quentin Dupieux et en 2024 le peintre surréaliste dans Daaaaaalí ! du même réalisateur.

Après être passé – selon nous – de peu à côté du César du meilleur acteur 2026 pour son rôle de père veuf déboussolé dans L’Attachement de Carine Tardieu (2025), il revient dans un autre rôle de jeune veuf, mais dans un tout autre registre, dans La Vénus électrique, en ouverture de Cannes (du 12 au 23 mai cette année). Sous le regard bienveillant de Pierre Salvadori, Pio Marmaï se laisse pour la première fois, à 41 ans, érotiser par la caméra. Dans ce rôle de peintre des années 1920, il est l’objet des convoitises : on le voit poser nu en dieu Hermès pour gagner sa croûte en attendant de vendre ses toiles, et il est reluqué par les femmes de son entourage (Anaïs Demoustier et Vimala Pons) qui le révèlent au monde. Un renversement des codes plus que bienvenu, selon la verve et l’humour sans lourdeur de Salvadori, et qui vient consacrer, en un seul geste virtuose, tout le talent et la beauté de l’acteur français. TIMÉ ZOPPÉ
AU SOMMAIRE DU N°223
EN BREF 🏃♀️
L’entretien du mois : Juliette Binoche pour En nous
La sextape de Lily Bloom : Mademoiselle de Park Chan-wook
Nouvelle star : Charlie Polinger
Queer gaze : Raya Martigny
Job dating : Duncan Crawford, sculpteur de décors
CINÉMA 🎥
En couverture : Pio Marmaï pour La Vénus électrique
Festival de Cannes : les 25 films les plus excitants de l’édition 2026
Entretien : Pedro Almodóvar pour Autofiction
Portrait : Vimala Pons pour Sauvons les meubles
CINÉMASCOPE 🎞️
L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen
The World of Love de Yoon Ga-eun
Obsession de Curry Barker
Bouchra d’Orian Barki et de Meriem Bennani
CULTURE 🎭
Portfolio : Hilma af Klint au Grand Palais
Entretien: Hagai Levi pour sa série Etty
Série : Margo a des problèmes d’argent
KIDS 🧸
Interview : Pauline Ferrari, journaliste et autrice
La critique de Célestin, 12 ans : ChaO de Yasuhiro Aoki
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