
Le titre du neuvième film de Michel Franco (Sundown) se dilue dès son ouverture : un camion abandonné – en 2022, au Texas, 46 migrants étaient retrouvés morts à l’arrière d’un véhicule. L’american dream tient plus du cauchemar pour les naufragés de la frontière américano-mexicaine, dont fait partie Fernando.
Sa gueule d’ange s’exfiltre de l’ombre comme de la mort, le temps de cette scène qui dit déjà tout de ce corps vulnérable et vigoureux. Fernando, campé par la star du ballet Isaac Hernández, est danseur : il s’exprime à travers ce corps fantasmatique, dont une héritière nantie est tombée sous le charme. Le rêve, ce pourrait être le gouffre improbable entre les murs ensanglantés d’un camion et les draps soyeux d’un appartement, celui de Jennifer (Jessica Chastain), très riche philanthrope.
Ce pourrait être une histoire d’amour. « Mais l’est-ce vraiment ? » interroge sans cesse le cinéaste, dont le film avance au rythme des coupes et des ellipses, assénées comme autant de failles creusées entre deux vies inassimilables. Car, chez Franco, le désir n’a rien de philanthrope. Il ne peut se soustraire aux frontières, aux fractures sociales et raciales. Si Dreams laisse sans voix, c’est sans doute parce qu’il piétine nos espoirs de spectateur, et avec eux les illusions souvent naïves d’un certain cinéma social.
Dreams de Michel Franco, sortie le 28 janvier, Metropolitan FilmExport (1 h 35)