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[CRITIQUE] « Tijuna Bible » de Jean-Charles Hue, un polar mystique et habité

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Avec Tijuana Bible, le réalisateur de Mange tes morts quitte la communauté des Yéniches pour en filmer une autre, qu’il connaît bien: la faune interlope de Tijuana, au Mexique. Mystique et habité.

Jean-Charles Hue a déjà tourné plusieurs films dans la cité frontalière mexicaine, régulièrement classée parmi les villes les plus dangereuses au monde. Tijuana Tales notamment, court métrage dont Tijuana Bible esquisse le prolongement fictionnel. Hormis le trio de comédiens principaux, le casting amateur vient des rues décrépites de « TJ » où prostituées, voyous, militaires déportés et junkies cohabitent dans la terreur des cartels de la drogue, sous le soleil de Satan. Hue raconte ce territoire des damnés de la terre à travers l’œil vitreux de Nick, un vétéran de la guerre d’Irak venu s’oublier dans l’héroïne.

La rencontre du marine avec Ana, une Mexicaine à la recherche de son frère disparu, va l’obliger à retrouver ses esprits. C’est que les narcotrafiquants règnent sur la Zona norte : chaque faux pas se solde par un aller simple à la fosse commune. Tijuana Bible avance ainsi, sur un chemin de braise semi-documentaire, en partie improvisé, entre purgatoire et enfers, traçant un classique sillon rédempteur à la Bad Lieutenant d’Abel Ferrara – ce polar halluciné carbure lui aussi à la came et à la religion. Il s’agit de débusquer le Ciel dans les bas-fonds.

L’occasion pour Jonathan Ricquebourg, déjà chef opérateur de Mange tes morts, de repeindre en orange le film noir et de changer la crasse des taudis en miracle mordoré. Lorsque Nick marche sur des débris de verre, ce n’est plus une décharge à ciel ouvert, mais une scintillante mer de diamants. Campé par Paul Anderson (vu dans la série Peaky Blinders), le soldat a le corps décharné d’un Christ. Ana (Adriana Paz) arbore l’expression calme d’une madone endeuillée. Quant à l’effrayant boss du cartel local, tout de larmes tatouées sur son crâne raviné, il a l’allure archétypale d’un diable. Mais, comme Ana traquant l’esprit de son frère dans les odeurs pestilentielles du cimetière, comme Nick tripant seul dans sa chambre noire, le truand chauve, tapi au bord des rives asséchées d’un Styx moderne, cherche lui aussi un chemin vers la lumière. 

Tijuna Bible de Jean-Charles Hue, Ad Vitam (1 h 32), sortie le 29 juillet
Image : Copyright Avalon

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