
Pris dans une situation financière délicate, J. B. Mooney, menuisier au chômage, se met à dérober des œuvres d’art au musée du coin, dont le dispositif de sécurité est assez peu rodé. S’il s’entraîne d’abord sur des figurines « de poche », ce père de famille désinvolte imagine bientôt un coup d’une plus grande envergure avec le recel de quatre tableaux de l’artiste américain Arthur Dove.
Josh O’Connor : « Le travail préparatoire avant un rôle ressemble beaucoup à la thérapie »
Mais l’opération, préparée avec oisiveté, tourne bien sûr au vinaigre, et voilà bientôt le trentenaire en cavale. Il fallait bien le cerveau génial de Kelly Reichardt pour s’approprier un genre a priori loin de son cinéma et en proposer une déclinaison au rythme très singulier, qu’accompagne une BO aux tonalités jazz sardoniques. Éternellement précise et patiente dans l’observation de ses personnages, la cinéaste américaine donne à son film un rythme propice à explorer l’intrigante figure de J. B., que campe un sibyllin Josh O’Connor, d’abord attachant puis ouvertement égoïste. Issu d’un milieu relativement aisé – son père est juge et sa mère lui verse des avances sans trop de mal –, ce grand dadais laxiste, vaguement impliqué dans sa vie de famille, ne s’émeut pas non plus vraiment des grands bouleversements sociaux et politiques des États-Unis.
Dans l’aspect bringuebalant de ses méfaits mais aussi de sa cavale, opérés sans soin ni véritable enjeu, J. B. Mooney traduit le privilège de ne jamais être tout à fait en danger, de se reposer sur les acquis et luttes d’autrui. Et Reichardt de faire des rares mais essentielles figures féminines du film – qu’incarnent les géniales Alana Haim (que l’on n’avait plus vue depuis Licorice Pizza en 2022) et Gaby Hoffmann – les véritables « masterminds » (« cerveaux ») de cette diatribe qui prend brillamment le temps de révéler sa fougue.

