
À Beyrouth, un soir, Suzanne (extraordinaire Hiam Abbass), sexagénaire originaire de Palestine, prend la défense d’Osmane, un jeune Soudanais sans papiers pris dans une rixe. Ils vont rapidement tomber amoureux. Autour d’eux, à la télévision comme dans la bouche des collègues de Suzanne, se déverse un flot continu de nouvelles terrifiantes, autant de rappels que le Liban vit de bien sombres heures. Mais, si leur amour provoque sidération et haine, Suzanne et Osmane font résistance… Seuls les rebelles est peu disert sur le temps qui s’égrène, précisément parce que n’y est tangible que l’immédiateté de cet amour qui fleurit au milieu de la désolation – et dont on imagine bien l’issue. Danielle Arbid n’en fait aucun secret : dans un court texte adressé au spectateur en amorce du film, elle précise que ce qui va suivre à l’écran n’est qu’une illusion.
Beyrouth a été entièrement recréée, le tournage n’ayant pas pu y avoir lieu du fait des bombardements israéliens. Puisque les personnages ne peuvent évoluer dans les décors prévus, alors offrons-leur les immenses possibilités de l’artifice. Fidèle à sa témérité formelle, la cinéaste d’origine libanaise donne une facture factice à Beyrouth : nombre de décors sont en fait des papiers peints ; Céline Bozon travaille un contraste saisissant à la photographie ; le jeu des acteurs se donne dans une cadence particulière… Des choix qui emmènent parfois le film sur le territoire de l’enchantement, lui prête ici des atours de telenovela, là une allure de roman-photo – mille parenthèses à l’insoutenable âpreté du contexte actuel. Comme aimanté à son titre, Seuls les rebelles part au combat, se refuse à baisser les bras face aux nationalismes et au racisme galopants, sur lesquels Rainer W. Fassbinder alertait déjà dans Tous les autres s’appellent Ali (1974), dont ce film est une réécriture audacieuse, en même temps qu’une déchirante ode à l’amour depuis les ténèbres.
Seuls les rebelles de Danielle Arbid, JHR Films (1 h 38), sortie le 24 juin.
