
En voyant l’ouverture de Maspalomas, il est difficile de ne pas penser à L’Inconnu du lac d’Alain Guiraudie. Même sensualité dans la moiteur estivale (celle d’une station balnéaire des Canaries, dans le premier cas), mêmes scènes de sexe gay à l’ombre des arbres, mêmes corps banals, pourtant hors norme à l’écran. La comparaison s’arrête là, le film basque préférant le drame sensible au polar trouble. Son protagoniste, Vicente, 76 ans, est rapatrié à San Sebastián pour être placé en maison de retraite, après un AVC. Paradoxalement, le voilà propulsé un quart de siècle en arrière, quand il était encore marié et père de famille : impossible d’assumer ici son homosexualité.
Les réalisateurs Aitor Arregi et José Mari Goenaga ont le bon goût de ne pas surcharger leur film. La pression hétéronormative, le souvenir du paradis hédoniste perdu, la sensation d’une existence qui se rapetisse sont suggérés par les situations et le jeu délicat de l’excellent José Ramón Soroiz. À travers lui, les cinéastes tirent le portrait d’une génération qui a dû s’affirmer sans modèle, parfois dans la douleur et la perte, avant de pouvoir jouir sans entraves. Et qui doit maintenant se confronter au regard hypocrite porté sur la sexualité des personnes âgées. Le film célèbre ici avec une malicieuse vivacité les foyers décentrés et les familles choisies.
Maspalomas d’Aitor Arregi et de José Mari Goenaga, Epicentre Films (1 h 55), sortie le 24 juin.
