« L’illusion de Yakushima » de Naomi Kawase : une plongée sensible dans les tabous du Japon

Six ans après « True Mother », Naomi Kawase pose sa caméra dans le service de transplantations cardiaques d’un hôpital japonais. Avec une précision quasi documentaire, elle orchestre un récit sensible sur le poids de la vie et de la mort.


25953f70da852745334f451e908943f2

Née en France, Corry (impeccable Vicky Krieps) travaille à l’hôpital de Kobe, dans le sud-ouest de l’archipel. Elle s’occupe d’enfants en attente d’une greffe cardiaque et tente de faire évoluer les mentalités sur ce sujet dans un pays où il cristallise beaucoup de tensions. Quand son compagnon disparaît soudainement sans laisser de traces, les notions de vie et de mort prennent pour elle une toute nouvelle signification…

Avec L’Illusion de Yakushima, la cinéaste japonaise multiprimée (Suzaku, Caméra d’or à Cannes en 1997 ; La Forêt de Mogari, Grand Prix du jury à Cannes en 2007…) se penche sur deux angles morts de la société nipponne. D’abord celui du don d’organes, un tabou qui génère beaucoup de culpabilité chez les rares patients qui peuvent en bénéficier. Mais aussi le phénomène des jōhatsu, ces milliers d’individus qui disparaissent volontairement dans l’archipel chaque année. En suivant la trajectoire d’une femme confrontée aux deux, Naomi Kawase entrecroise différentes temporalités et propose une réflexion philosophique sur le sens de l’existence. Un récit complexe contenant tout ce qui fait la force tranquille du travail de cette cinéaste de l’intime : un ton lumineux, une mise en scène sensorielle et une attention particulière portée à la nature, qui devient le véritable poumon du film.

L’illusion de Yakushima de Naomi KawaseAd Vitam (2 h 02)sortie le 17 juin.