« Le Vertige » de Quentin Dupieux : bienvenue chez les Sims

Avec son premier film d’animation présenté à la Quinzaine des cinéastes à Cannes, Quentin Dupieux s’inspire visuellement du jeu vidéo Les Sims, pour mieux rire de notre époque flippée.


le vertige

Comme souvent chez le prolifique réalisateur français, tout est dans l’œil du spectateur. Balancé dans un monde 3D à l’animation polygonale, qui évoque l’univers du jeu vidéo du début des années 2000, on s’amuse du kitsch et du décalage instauré dès le début du film. À l’heure où la technique cherche à se confondre avec le réel, Quentin Dupieux s’amuse avec une animation archaïque, pleine de bugs et d’approximations. D’autant plus que Jacky (Alain Chabat) en est persuadé : sa réalité est une simulation. Cette découverte, façon Matrix, qu’il annonce à Bruno (Jonathan Cohen), son meilleur pote, va entraîner ces deux-là vers une réflexion métaphysique tordante.

La distance que crée Dupieux – celle entre les doutes existentiels des personnages et ce rendu abstrait et approximatif à l’image – offre aux spectateurs une certaine hauteur et un point de vue rigolo. Bugs improbables, drôles de polygones et épiphanies numériques : le film multiplie les gags grâce à l’abattage parfait du duo d’acteurs. Mais, à l’instar de La Grande Aventure Lego, où des personnages animés prenaient conscience de leur état, Dupieux a plus d’un tour dans son Vertige. Portrait flippé du complotisme au service du capitalisme et de la manière dont l’inquiétude crée de fausses certitudes, le film nous tend un miroir à peine déformé sur notre époque et ses abîmes. Avec, en conclusion, un ultime tour de passe-passe hilarant qui sème le doute. Comme si Dupieux préférait le vertige des questions à la bêtise des réponses toutes faites.

Le Vertige de Quentin Dupieux, Diaphane (1 h 07), en salle le 10 juin.