CANNES 2026 · « La Vie d’une femme » de Charline Bourgeois-Tacquet : opération réussie

En y apportant nuances et légères bifurcations, la réalisatrice des « Amours d’Anaïs » réussit le portrait mosaïque d’une chirurgienne renommée, qui jongle entre les impératifs. Léa Drucker s’empare sans surprise de ce rôle avec une force démente. Le film est sélectionné en Compétition.


la vie dune femme
Pyramide Distribution

Certains critiques sont friands de « portraits de femmes », expression usée jusqu’à la corde, qui tente d’imposer l’idée qu’un film consacré à un personnage féminin serait un genre en soi. Ce qu’on aime d’abord dans le film de Charline Bourgeois-Tacquet, c’est que l’indéfini du titre se retrouve dans la mise en scène même du personnage : elle n’est ni une figure à thèse, ni une héroïne exemplaire, mais une présence mouvante, insaisissable, toujours en train d’échapper à la caractéristique qu’on voudrait lui assigner.

Le film suit Gabrielle (Léa Drucker), chirurgienne et cheffe de service reconnue spécialisée dans le maxillofacial, qui prend en charge les maladies et les traumatismes du visage.  Construit en chapitres (à la manière de Julie (en 12 chapitres) de Joachim Trier, dont la différence notable est qu’il parle d’une toute autre génération), La Vie d’une femme impose d’emblée les charges mentales que Gabrielle, quinquagénaire affirmée, encaissera avec une force quasi herculéenne tout au long du film, portable vissé à l’oreille : avec son mari (Charles Berling), qui lui a imposé ses enfants alors qu’elle n’en voulait pas ; avec sa mère (Marie-Christine Barrault), atteinte d’Alzheimer et dont elle a accepté de prendre la tutelle ; avec ses patients et son ami et associé (Laurent Capelluto), qu’elle entraîne dans son rythme de travail exténuant…

L’énumération peut faire peur, ressembler à un lourd cahier des charges. Mais les premières séquences marquent l’intention de la cinéaste, qui semblent consciente des potentiels travers d’un tel scénario : après une scène d’ouverture littéralement jouissive – une étreinte sensuelle en très gros plan et gorgée de lumière, où on ne distingue que les cheveux blonds incendiaires de Gabrielle –, c’est dans le feu de l’action d’un hôpital en crise que l’on retrouve directement après cette dernière.

Même si on aurait aimé plus de radicalité sur ce point, Charline Bourgeois-Tacquet cherche à s’écarter d’un écrin bourgeois et hétéronormé. La relation qui se noue entre Gabrielle et Frida (Mélanie Thierry), une écrivaine désireuse de lui consacrer un livre, ouvre quelques parenthèses de liberté, que la cinéaste met fabuleusement en scène (sublimes séquences de marche et de farniente en montagne).

Le parallèle entre l’anatomie des visages et celle de la vie de Gabrielle dessine un même travail de reconstitution, précis dans ses moindres plis mais attentif à préserver les imperfections. Autant de strates qui finissent par rendre un être profondément humain, voire familier, alors même que son profil sociologique nous est totalement éloigné.

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