CANNES 2026 · « Cœur secret » : Tom Fontenille nous remue avec son premier long métrage, récit d’une renaissance

C’est par des funérailles énigmatiques que s’ouvre « Cœur secret », dont on ne saisit pas tout de suite la valeur, la portée. Cela importe peu, mais ce que l’on comprend dans la séquence suivante, grâce à un choix de montage significatif, c’est qu’après la mort, « Cœur secret » sera le lieu d’une renaissance. Tom Fontenille signe là un premier long métrage documentaire (présenté à l’ACID) bouleversant et riche sur le genre et la famille.


coeur secret

C’est donc l’histoire d’une famille de quatre, récemment endeuillée par la disparition de la mère. C’est aussi celle d’un père qui s’apprête à transitionner, à abandonner le prétexte d’un goût assumé pour le travestissement pour devenir enfin, à plus de soixante ans, la femme qu’elle a toujours été.

Tourné sur plusieurs années, le film épouse sur le mode de la chronique et du portrait la mue de celle qui se nomme désormais Lilou, enfin sortie de son secret, et l’accompagne dans son processus d’émancipation que Fontenille, dont la présence infuse le film, détaille avec une infinie tendresse, une grâce, une drôlerie, mais aussi avec l’exigence et la lucidité que son statut de fils/filmeur lui autorise.

Cœur secret n’est ni une hagiographie ni un portrait grinçant. La singularité profonde du film tient à la façon dont le cinéaste parvient à être toujours au bon endroit et bonne distance, à incarner cet étrange regard que l’on porte sur ses parents, ses proches – ce mélange éruptif de sentiments et d’appréciations complexes, parfois paradoxales, qui s’entremêlent et s’entortillent autour de ce drôle d’amour imposé à la naissance et dont l’expression se trouve ici contrariée par la pudeur, les habitudes et une certaine éducation.

C’est un reproche que Tom Fontenille et sa sœur, également protagoniste essentielle, font à Lilou – aujourd’hui femme certes, mais hier petit garçon d’une autre époque, élevé comme un être mutique, rentré, peu enclin à la démonstration affective. Lilou aura beau être celle qu’elle a toujours voulu être, occuper désormais la place d’une mère (c’est-à-dire métaphoriquement le lieu de la parole et de l’écoute, si l’on s’en tient à la tyrannie des rôles genrés), il lui sera difficile de rattraper le temps perdu, de se métamorphoser complètement, de correspondre à ce que sa fille attend d’elle et que la disparition de la première mère a englouti.

Cœur secret navigue alors en montagnes russes entre scènes de vie quotidienne où Lilou s’affaire à ses activités, s’occupe de son jardin, de ses petits-enfants, et grandes séquences de règlement de comptes familial où la caméra est invitée autour de la table comme une quatrième convive, un membre de la famille qui enregistre les invectives du trio.

Le film capte très bien l’endurance, l’énergie que demande ce type de discussions où les obstacles sont nombreux et les résolutions peu satisfaisantes. Peut-être que la plus grande vertu cathartique de ce Cœur secret tient à la façon dont le film abandonne progressivement le combat, la lutte, les espoirs et les projections que l’on fait des uns sur les autres – la façon dont on voudrait qu’ils soient ou qu’ils ne soient pas — pour accueillir cette impasse et admettre, à la fin, qu’il n’y a pas plus grand secret que l’irrésolu de la famille.

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