
Le postulat est simple : un médecin, campé par l’imposant Missagh Zareh, mémorable en père de famille tyrannique dans Les Graines du figuier sauvage (2024), s’apprête à mettre fin à ses jours. C’est qu’on lui a retiré son permis d’exercer après qu’il a soigné de jeunes manifestants mutilés, assimilés à des terroristes par les autorités iraniennes. Pas de drame, pas de larmes pour autant : le projet d’un médecin est forcément rationnel.
Aussi l’on suit ce héros atypique le temps d’une journée ; le temps de régler quelques formalités, de confier ses plantes à qui veut bien, de prévenir ses patients et surtout ses proches. On n’oublie pas l’image surréaliste de cet homme encombré par ses plantes vertes, prévoyant jusqu’au sort de ses végétaux après sa mort.
Une image terriblement puissante, de celles qui déplacent le regard avec une grinçante ironie : celui qui renonce à la vie est aussi celui qui la chérit, qui en tient la plus haute estime. Celui qui ne peut se résoudre à la voir piétinée, d’autant que les missiles d’un certain Donald Trump menacent d’obscurcir le bleu du ciel – événement qui a délocalisé une partie du tournage en Turquie.
A Bit of Light assume sa référence au Goût de la cerise d’Abbas Kiarostami (1997), qui racontait déjà l’errance d’un homme suicidaire, à ceci près que la fable philosophique cède ici la place à l’angoisse du réel. Rien ne sert de crier : plus terrien que son modèle, le film d’Ali Asgari ne se fait pas d’illusion, à l’instar de son héros presque trop serein pour être pris au sérieux.
On lui reconnaît un état de sidération permanent, le même qui nous étreint face à l’actualité mondiale et l’apocalypse qui vient. Plus localement, Asgari fait d’un tel dépouillement – dans tous les sens du terme – le miroir de sa propre condition : celle d’un artiste lui aussi « interdit d’exercer », réduit au silence, nié jusque dans sa chair. En somme, celle d’un mort-vivant.
