Vu à la Mostra de Venise 2026 : « DAU », le film monstre d’Ilya Khrzhanovsky

Aboutissement d’un projet pharaonique où se sont impliqués des milliers de comédiens et figurants, « DAU » ambitionne de reconstituer la vie d’un physicien dans l’Ukraine des années 1930-40. Présenté à la Mostra de Venise, ce film précédé d’une réputation scandaleuse pourrait bien figurer au palmarès.


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Fort d’une réputation sulfureuse, le film monstre d’Ilya Khrzhanovsky n’est pas nouveau : c’est un montage alternatif basé sur plusieurs centaines d’heures de rushes, notamment tournées entre 2009 et 2011, qui ont déjà donné vie à plusieurs longs-métrages différents.

À l’origine du projet : le physicien russe Lev Landau, figure ambivalente des années 1930-40 pour avoir d’abord refusé de collaborer avec le régime stalinien, avant de devenir l’un des principaux artisans de la « bombe atomique soviétique » dans l’après-guerre. Incarné par le chef d’orchestre Teodor Currentzis, grimé pour l’occasion en sosie non officiel de Robert Smith, cheveux en pétard et cape rouge sang sur le dos, le physicien n’est pas pour autant l’attraction majeure de DAU.

Le projet lui-même prend toute la place, car le cinéaste ne s’est pas contenté d’un tournage classique : il a embauché des milliers de comédiens et figurants pour reconstituer l’atmosphère d’un Institut scientifique basé à Kharkov, en Ukraine, où Lev Landau a officié. À l’intérieur, les participants ne devaient jamais sortir de leur personnage – y compris lorsqu’on ne tournait pas. Un « jeu de rôle » filmé à échelle monumentale, en somme, que certains ont qualifié de Truman Show stalinien.

DAU tire profit des images spectaculaires autorisées par le concept : on s’éblouit face à ces tableaux vivants où s’activent des centaines de figurants, qui plus est photographiés par Jürgen Jürges – qui fut le chef opérateur de Rainer W. Fassbinder et Wim Wenders.

Dans le film-somme de 3h30 qu’il présentait à Venise, synthèse de « vingt ans de travail » selon ses propres mots, figurent aussi des scènes de torture et de violence sexuelle, qui ont laissé planer le soupçon quant à de potentiels abus psychologiques sur le tournage, qualifiés de « rumeurs » à l’AFP.

Sans pour autant crier au scandale, on peut se demander si le projet n’est pas réductible à son processus. C’est que l’expérience vécue par les comédiens est difficilement traduisible à l’écran : passé l’émerveillement, on réalise que ces images et ces récits croisés sont interchangeables, filmés avec la même intensité… si ce n’est la même indifférence.