Vu à la Mostra de Venise 2026 : « 15/18 » de Cédric Kahn, l’âge dur

Fidèle à son approche du cinéma très documentée sur le fond et précise sur la forme, Cédric Kahn s’intéresse, dans son nouveau film en compétition à Venise (et en salles le 18 novembre), à une bande d’ados en unité de soins psychiatriques. Loin des clichés, le cinéaste célèbre avec vigueur l’écoute et l’empathie.


15 18
15-18

Dans un petit bureau, infirmières, aides-soignants, internes et psychiatres se réunissent autour d’Etienne, le chef de service, qui égrène doctement les points à surveiller chez leurs patients. Souvent, l’un d’eux interrompt la réunion en ouvrant la porte, laissant entrer quelques secondes le tumulte du couloir, avant de se faire renvoyer dans ses cordes. Tout 15/18, dernier film impressionnant de Cédric Kahn (La Prière, Le Procès Goldman), est construit autour de cette bascule du calme au chaos.

Nous sommes au sein d’une unité de soins psychiatriques réservée aux adolescents, et l’équilibre ne peut y être que précaire, la tranquillité brève, le silence rare. Troubles dissociatifs, anorexie mentale, pulsions suicidaires…les jeunes de l’unité alignent les symptômes graves et, derrière, les traumatismes lourds.

C’est pourtant en évitant l’agitation vaine et les clichés que le cinéaste passe de l’un à l’autre, privilégiant une approche naturaliste, très documentée (il a passé plusieurs semaines avec sa co-scénariste, Kahina Le Querrec, en immersion à l’hôpital), et de longues scènes de dialogues servies par un sens du cadre virtuose et un montage au cordeau. Par petites touches, les caractères et les histoires de celles et ceux qui ont « grandi de travers », comme le dit Lucia (Malou Khebizi, excellente) se dévoilent.

Cédric Kahn n’édulcore jamais la violence des patients, pas plus que la fatigue et l’impuissance de leurs soignants, mais invite à l’empathie et sait aussi montrer la grâce qui surgit parfois d’un bouillonnement.

Et si, dans sa dernière partie, 15/18 se permet une envolée romanesque un peu maladroite, moins maîtrisée que le reste, le film retombe sur ses pieds dans une dernière scène magnifique qui révèle tout le talent de la jeune actrice Zoé Monpart et résume parfaitement l’objectif de son auteur : esquisser un monde où l’écoute sauve des vies.