« Coutures » d’Alice Winocour : panser les cicatrices

Toujours étonnante, Alice Winocour (« Proxima », « Revoir Paris ») réalise un film choral d’une grande grâce, et s’impose comme l’une des cinéastes les plus passionnantes de son temps.


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Depuis Augustine (2012), Alice Winocour n’a cessé d’explorer des univers variés. Sa filmographie, impressionnante dans son harmonie et sa tenue, est parcourue par les mêmes motifs, ceux qui forgent les obsessions. Des corps possédés, abîmés, en convalescence peuplent son cinéma. L’empreinte guerrière de son art est atténuée par le regard doux qu’elle porte sur ces corps, comme une étreinte réparatrice.

Si Coutures est titanesque dans son ambition formelle, chorale, et son casting cinq étoiles, il est parfaitement étranger à un tour de force. La métaphore de la couture y est plurielle. Telle une élégante toile d’araignée, elle s’étend à bien d’autres sujets. Winocour tisse le portrait de ses personnages féminins avec délicatesse, sensibilité et profondeur.

Les récits s’entrelacent et, à travers leurs frottements, naît une sorte de reconnaissance (un regard échangé ; deux prénoms qui riment), de transmission (d’une actrice à une autre, d’Aurore Clément à Angelina Jolie) entre ces femmes, toutes porteuses d’une blessure. Dans ce palais des glaces qu’est le monde de la mode, où le corps est réduit à celui d’une poupée, où l’image de soi se dilue dans d’infinis reflets déformés, ce réseau affectif souterrain apparaît comme un refuge silencieux, un rempart pour les minorités, les précaires, une marge à habiter. Un lieu d’insurrection secrète.

Coutures de Gabriel Mascaro, en salle le 18 février, Pathé (1 h 47)