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Comment François Truffaut puis Jean-Luc Godard ont failli réaliser « Bonnie and Clyde »

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Dans son nouveau livre L’Amie américaine (disponible dès aujourd’hui en librairie), Serge Toubiana s’intéresse au parcours méconnu d’Helen Scott, l’une des plus proches collaboratrices de François Truffaut. On y apprend notamment qu’elle a insisté pour que ce dernier réalise Bonnie and Clyde, avant que Truffaut envisage de refiler le projet à son confrère Jean-Luc Godard.

Elle est celle qui a organisé la célèbre rencontre entre Alfred Hitchcock et François Truffaut – c’est elle aussi, qui dans l’ombre, traduisait leurs échanges. Dans son ouvrage L’Amie américaine, Serge Toubiana (directeur d’UniFrance, ex-directeur de la Cinémathèque française et spécialiste de l’oeuvre de François Truffaut) dresse le portrait de l’Américaine Helen Scott, une figure injustement méconnue qui a largement participé au rayonnement des films de la Nouvelle Vague aux États-Unis – décédée en 1987, elle a dirigé pendant plusieurs années le French Film Office à New-York.

Si le livre est truffé d’anecdotes, on en retient une particulièrement savoureuse. Dans un de ses chapitres, relayé par IndieWire, Toubiana se focalise sur la détermination d’Helen Scott, qui avait en tête que François Truffaut – qu’elle rencontre lorsque celui ci vint présenter Les Quatre Cents Coups aux États-Unis, et avec lequel elle vivra une belle histoire d’amitié étalée sur près de 25 ans – réalise le film culte Bonnie and Clyde. Celui qui connaît tout de Truffaut raconte qu’un beau jour, Helen Scott reçoit une première ébauche du script d’un film qui relate la fuite du couple criminel le plus célèbre des États-Unis. Trouvant cette histoire « captivante« , elle décide d’écrire une lettre à son ami et collaborateur François Truffaut dans laquelle elle note cette phrase : « Le scénario est clairement parfait pour toi. » Comme nous, elle avait peut-être en tête que le réalisateur de Jules et Jim (1962) aurait pu être un choix idéal pour mettre en scène cette fugue sur fond d’intrigue sentimentale tourmentée et tumultueuse.

Anticipant sa réaction, Helen Scott poursuit la lettre sur ces mots : « Ma première réaction a été qu’il est trop américain pour être réalisé par toi, mais les nombreuses nuances qui s’y prêtent vont si bien à ton talent que cela m’a fait changer d’avis. » Eleanor Wright-Jones, qui a écrit la première version du scénario, fut également séduite par cette idée, au point qu’elle souhaite que Truffaut ait un contrôle artistique total contrôle.

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François Truffaut reçoit le scénario et demande à sa monteuse Claudine Bouché de le traduire en français. Face à l’enthousiasme général qu’il suscite dans son entourage, le réalisateur se déclare partant, mais se rétracte très vite afin de consacrer à un autre de ses projets, l’adaptation du roman de Ray Bradbury Fahrenheit 451 – qu’il réalise en 1966. Probablement parce qu’il décèle dans cette folle histoire une ode à la liberté et à la jeunesse, il relègue alors ce projet à son ami, Jean-Luc Godard et justifie ce choix dans une lettre adressée à Eleanor Wright-Jones :

« J’ai pris la liberté de le faire lire à mon ami Jean-Luc Godard et lui aussi a beaucoup aimé le scénario. Il fait beaucoup plus de films que moi car il est très rapide à tous les stades : préparation, tournage, touches finales. Je ne sais pas si vous aimeriez qu’il réalise ce film. Je suis convaincu qu’il serait l’homme parfait pour ce travail. Il parle couramment l’anglais et il pourrait vous faire une sorte d' »A bout de souffle » américain » « 

Si Helen Scott est davantage réfractaire à l’idée qu’un cinéaste aussi erratique que Jean-Luc Godard réalise le film, la rencontre entre le réalisateur d’Une femme est une femme (1961), Robert Benton – le co-scénariste de Bonnie and Clyde – et un des producteurs a bien eu lieu mais ne se passe pas tout à fait comme prévue. Lorsque l’un d’eux demande à au cinéaste français « Savez-vous que le film doit être tourné cet été ?« , Godard – qui voulait faire le film en hiver – se lève et répond « Je vous parle de cinéma et vous me parlez de temps« . On y décèle déjà le caractère trempé de Jean-Luc Godard, prêt à claquer la porte à un projet aussi ambitieux.

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Finalement, Bonnie and Clyde sera mis en scène par Arthur Penn, et sort en 1967. Immense succès public et critique, le génial cinéaste de Little Big Man (1970) cristallise les angoisses de l’Amérique et dans un film ancré dans la période du « Nouvel Hollywood » avec un final d’une brutalité rare. Aucun regret donc, et puis même si dans nos rêves les plus fous, on aurait aimé voir un des deux représentants de la Nouvelle Vague réaliser Bonnie and Clyde, on peut toujours se consoler en se disant qu’après tout, Godard – qui confiera à son ami Truffaut que, « de tous les scénarios qu'[il] a refusés ces cinq dernières années, ‘Bonnie and Clyde’ est de loin le meilleur » – a bien réalisé sa version de ce couple mythique avec À bout de souffle (1960) et Pierrot le fou (1965).

On vous laisse sur cette scène de fuite fascinante réunissant les mythiques Faye Dunaway et Warren Beatty :

© 1967 – All rights reserved. Courtesy Warner Bros. Home Entertainment, Inc.

Esteban Jimenez

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