
Trois personnages de fiction pour te décrire ?
Amélie Poulain [dans le film Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet (2001), ndlr]. J’ai Paris dans les tripes et je rêverais de vivre en plein Montmartre. Et puis c’est un personnage qui a cette capacité à trouver de la poésie dans les petites choses du quotidien. Ensuite, Matilda [dans le film éponyme de Danny DeVito (1996), ndlr]. Cette petite fille en laquelle je me retrouvais, bien que je n’ai pas de pouvoir magique, c’est une petite intello qui finit par trouver sa place et qui a un imaginaire débordant.
Elle vit dans les livres, a la capacité de faire bouger les objets, réussit à se venger de sa méchante directrice. C’est vraiment un modèle très inspirant de petite fille forte et intelligente. Pour le troisième personnage, parce qu’il ne faut pas trop se prendre au sérieux, je dirais Pumbaa [dans Le Roi Lion de Roger Allers et Rob Minkoff, ndlr]. C’est un de mes personnages fétiches. Il est drôle, un peu puant, mais il est plus intelligent que ce qu’on croit. Et surtout, il accorde une place immense à l’amitié.
Trois femmes de cinéma que tu inviterais à dîner ?
Meryl Streep, mon actrice préférée. Je ne la connais évidemment pas, mais humainement, elle a l’air à la hauteur. Ensuite je dirais Linda Blair, qui joue Regan dans L’Exorciste [de William Friedkin, 1973, ndlr]. J’aimerais lui poser des questions sur l’impact qu’a eu ce rôle sur sa carrière et dans sa vie. Et puis Alice Guy, la première femme réalisatrice de l’histoire. Ce serait une chance incroyable de pouvoir échanger en direct avec elle. Enfin, si j’avais le pouvoir de rappeler les morts avec une planche Ouija [Alice Guy est décédée en 1968, ndlr]. Le problème, c’est que je finirais possédée comme Regan. Il faut faire attention.

Tes trois duos féminins préférés ?
Difficile parce que les duos cultes au cinéma sont souvent des duos masculins. Évidemment, Thelma et Louise [dans le film de Ridley Scott, 1991, ndlr]. Un duo imbattable, iconique et qui a beaucoup à nous apprendre sur la solidarité féminine. Ensuite, un duo sous-estimé, les sœurs Owens dans Les Ensorceleuses [de Griffin Dunne, 1998, ndlr] qui sont incarnées par Sandra Bullock et Nicole Kidman. C’est un film qui a été moqué à sa sortie par la critique, essentiellement masculine, mais qui traite en réalité des violences conjugales et met en scène des femmes très solidaires qui s’en sortent, là encore, grâce à la magie. Et en dernier duo, les jumelles dans Shining [de Stanley Kubrick, 1980, ndlr], improprement appelées jumelles parce qu’elles sont sœurs. Donc les sœurs Grady, les deux petites filles qui font flipper Danny au bout du couloir. J’en parle beaucoup dans mon nouveau livre parce qu’on nous a appris qu’elles faisaient très peur. Mais quand on s’interroge sur pourquoi, on se rend compte qu’il n’y a pas vraiment de raison et que ce sont elles les victimes de l’histoire. Ce sont deux personnages que j’ai réhabilités à travers mes recherches et que j’ai fini par beaucoup aimer. Et anecdote d’Hollywood : j’ai contacté les deux comédiennes [Lisa et Louise Burns, ndlr] sur Facebook, parce qu’elles font des conférences dans le monde entier et elles m’ont répondu. Je leur ai demandé une interview, elles m’ont dit « Oui ». J’étais super heureuse et ensuite… elles m’ont ghostée.

Trois films dans lesquels tu aimerais vivre ?
Attention, je n’aimerais pas être ce personnage historique, mais Marie-Antoinette de Sofia Coppola qui est sorti pendant mon adolescence [en 2006, ndlr]. Ça me faisait rêver : le côté macarons, converses, la bande originale du film… C’était mon fond d’écran de téléphone, d’ordinateur et je pense qu’il ferait bon vivre dans ce film. En oubliant évidemment l’étape de la guillotine et du mépris du peuple. En deuxième, Les Enfants du paradis de Marcel Carné (1945), l’un de mes films préférés, évidemment en noir et blanc, scénario de Jacques Prévert, les répliques cultes… Le rôle principal c’est Arletty, une actrice qui m’a toujours fait rêver. J’aurais aimé être une saltimbanque dans le Paris du XIXᵉ siècle. Et puis Toy Story. Le fait d’imaginer que nos jouets prennent vie quand on a le dos tourné, ça continue de me faire rêver.

Trois films à regarder entre copines ?
Un peu cliché, mais Dirty Dancing [réalisé par Emile Ardolino en 1987, ndlr], qui est bien plus intelligent et féministe que ce qu’on croit. Il évoquait déjà le droit à l’avortement, et puis il est assez female gaze. Avec mes copines, ça nous a appris à érotiser les corps masculins, notamment celui de Patrick Swayze. En deuxième, n’importe quel film avec Meg Ryan, mon préféré restant Quand Harry rencontre Sally [de Rob Reiner, 1989, ndlr], la comédie romantique américaine absolument culte. C’est la perfection dans l’écriture. En troisième, ça va vous surprendre, mais quelque chose comme Terrifier [de Damien Leone, 2016, ndlr] ou The Human Centipede [de Tom Six, 2006, ndlr]. Je suis une grande fan de films d’horreur et avec une de mes meilleures amies, on se retrouve pour regarder le pire du pire de l’horreur. Il faut absolument les voir entre copines, parce qu’après, on n’a pas envie de dormir toute seule chez soi et on a même pas envie de prendre le métro pour rentrer. On a bien peur et on est sûres qu’on va passer une mauvaise nuit ensemble.

Trois méchantes de cinéma que tu voudrais réhabiliter ?
La première, Karaba la sorcière. C’est vraiment important de revoir Kirikou et la Sorcière [réalisé par Michel Ocelot en 1998, ndlr], parce que c’est un film vraiment très politique, dans lequel il s’agit notamment du viol de guerre. Karaba, c’est une femme qui a subi des violences sexuelles et qui est devenue méchante par réflexe de protection. C’est un personnage très complexe et quand on revoit ce film avec nos yeux d’adulte, on le comprend. Ensuite, Miranda Priestly dans Le Diable s’habille en Prada [réalisé par David Frankel, en 2006, ndlr]. Si ce personnage avait été un homme, on n’aurait aucun problème avec lui. On se dirait que c’est un big boss, un grand rédacteur en chef, que c’est normal qu’il tienne toute son équipe d’une main de fer, qu’il soit un peu absent de la maison et vis-à-vis de ses enfants. Mais là, puisque c’est une femme, on la condamne et on en fait un personnage horrible. Et puis, toutes les méchantes des films Disney. À 35 ans, je m’identifie plus à Cruella qu’à Anita dans Les 101 Dalmatiens [réalisé par Clyde Geronimi et Hamilton Luske en 1961, ndlr], et à toutes celles qui sortent des normes physiques, mais aussi de l’hétéronormativité. Chez Disney, les célibataires sans enfants deviennent tout de suite des archétypes diaboliques, alors qu’elles ont sans doute beaucoup plus d’humanité et de réalisme que les autres personnages bien lisses et les princesses.

Trois films féministes incontournables selon toi ?
Un film qui a été boudé à sa sortie et longtemps sous-estimé, c’est Jennifer’s Body de Karyn Kusama (2009) avec Megan Fox. Aujourd’hui, on vit une époque de réhabilitation de ce film d’horreur, réalisé par une femme, où justement les hommes sont punis à cause de leur regard masculin, sexiste, misogyne, qui finit littéralement par les bouffer. Je n’en dis pas plus si vous ne l’avez pas vu. Le deuxième film, ce serait Il reste encore demain. Un film italien de 2023, réalisé par Paola Cortellesi. Ça a été une de mes dernières immenses émotions au cinéma. Une mise en scène des violences conjugales très poétique, bouleversante. Et en troisième, pour les plus jeunes mais pas que, Alerte rouge de Domee Shi. C’est le premier Pixar réalisé par une femme seule, et c’est culte parce que c’est un film à destination du jeune public, qui parle de la puberté, des règles, des changements hormonaux. C’est vraiment un régal de voir qu’on a progressé sur ce côté-là.

Trois films qui t’ont inspiré pour ton nouvel essai ?
Carrie de Brian de Palma. Cette adolescente qui découvre ses pouvoirs de télékinésie au moment de l’apparition de ses premières règles, l’un des grands archétypes de l’horreur féminin. Un personnage passionnant, à lire d’abord [le film est adapté d’un roman de Stephen King, écrit en 1974, ndlr] et puis ensuite à avoir adapté à l’écran [en 1976, ndlr]. J’aime beaucoup la posture de Stephen King face à ce personnage. Il assume de ne rien connaître aux femmes et que leur univers le fasse flipper. Et se demande jusqu’où il peut pousser le curseur et jusqu’où la puberté féminine et la sexualité féminine peuvent être super flippantes. Ensuite, The Substance de Coralie Fargeat (2024). Un film récent qui divise les féministes. Certaines trouvent que la réalisatrice joue complètement le jeu du male gaze, d’autres que le film est infiniment féministe. Pour moi c’est un grand film et quoi qu’on en pense, il ne laisse pas indifférent. Et enfin, Dangereuse alliance [réalisé par Andrew Fleming en 1996, ndlr], qui était un de mes films cultes à l’adolescence. La rencontre de Charmed (1998) et de Lolita malgré moi (2004). Une bande de sœurs-cières, avec cette idée de la sororité, de vengeance envers les hommes, envers les riches… J’adore !

Pourquoi les hommes ont peur des femmes ? de Chloé Thibaud à paraître le 11 mars, Edition les Insolentes.