5 films repérés à Locarno 2026

Désirs contrariés, corps indociles, adolescents à la dérive, solitudes choisies ou subies : on vous parle de cinq longs métrages qui ont retenu notre attention à Locarno 2026. Le palmarès sera dévoilé ce samedi 15 août.


brave new love
Brave New Love © Snowglobe

Brave New Love de Maria Bäck (Concorso Internazionale)

Belle révélation, la Suédoise Maria Bäck réinvente le triangle amoureux dans ce premier long où Kate (Kathrine Thorborg Johansen), heureuse en ménage et mère d’une petite fille, perd la boule en apprenant que son amant (Anders Danielsen Lie), avec qui elle s’est promis de ne jamais coucher, part en Grèce. Drôle (entre sa scène d’ouverture dénudée en forêt et son “cercle de la honte”, où des femmes se confessent à une prêtre atypique), garni d’un peu d’onirisme, et surtout malin dans sa manière d’insuffler du désir dans une relation platonique, le film bouscule avec son avalanche d’idées de mises en scène nos idées reçues (et toujours bien ancrées) sur l’amour. 

small talk
Small Talk de Mateo Ybarra

Small Talk de Mateo Ybarra (Concorso Cineasti del Presente)

Back to Switzerland. Et plus précisément dans la dernière école qui prodigue à des élèves (uniquement des femmes) des cours de bonnes manières dans le pays  (de façon un tout petit peu plus moderne que Nadine de Rothschild, mais pas tant). Le documentariste Mateo Ybarra (Sur nos monts, 2022 ; Camp d’été, 2025) signe un docu-fiction passionnant dans lequel il suit Charlie (géniale Hélène Bares), qui rêve de s’insérer dans la haute société et d’aller faire fortune à Dubaï. L’art de la table, de la discussion en surface, de l’élégance vestimentaire… Dans un écrin visuel vintage, cette fille d’ordinaire explosive se contorsionne pour répondre aux exigences de ce monde qui est aussi le lieu d’une rencontre entre cultures et générations. Et sur lequel Mateo Ybarra porte un regard plus curieux que cynique. 

lestive
L’Estive © Michigan Films

L’estive de Naël Khleifi et Lisa Debauche (Concorso Cineasti del Presente)

Taciturne, solitaire, Hana (impeccable Manal Issa) s’est retirée du monde pour mener, dans les Alpes, une vie de bergère à l’écart. L’arrivée de Lisa, venue lui prêter main-forte avec les animaux, fissure peu à peu cette solitude et l’oblige à renouer avec ses origines libanaises. Pour leur premier long métrage, Naël Klheifi et Lisa Debauche signent un film sensible où se nouent des liens peu montrés au cinéma, entre une population rurale marginalisée et des réfugiés exilés prêts à tous les sacrifices pour s’offrir une vie meilleure. Par touches discrètes, à la faveur de quelques plans rapprochés et dialogues à doubles sens, le film tisse aussi un troublant parallèle entre la condition animale et la condition humaine, proches dans leur vulnérabilité. 

kettice
Ketticè

Ketticè de Giovanni Tortorici (Concorso Internazionale)

Ancien assistant réalisateur de Luca Guadagnino, qui produit son film, l’Italien Giovanni Tortorici (Diciannove, inédit en France) signe un film audacieux. On est en 2012, à Palerme. Berlusconi est encore vivant et influent. Giulio fait partie de la bourgeoisie, cherche une trophy girlfriend et désespère ses parents (sa mère est jouée par une Monica Bellucci parfaite en nantie dépressive) ; Ketti vient de la classe populaire et sort les poings contre les langues de vipère qui lui font subir du slutshaming. Jeux de perspectives, contre-plongées, scènes en voiture enfumées, pop turbo : entre stoner movie, séquences décapantes et descentes plus mélancoliques, Tortorici pose un regard sensible et inspiré sur deux adolescents pris dans les déterminismes de leur milieu. 

i rarely wake up dreaming 2
I Rarely Wake Up Dreaming © X Filme Creative Pool GmbH

I Rarely Wake Up Dreaming d’Isabelle Stever (Concorso Internazionale)

Avec le sensoriel I Rarely Wake Up Dreaming, l’Allemande Isabelle Stever suit Olya et Oleh, jeune couple queer ukrainien. La cinéaste filme la guerre menée par la Russie depuis le corps, dans une mise en scène où la douceur des premiers instants – chambres baignées de lumière, corps enlacés, intimité suspendue – se brise peu à peu sous les bombes. La violence surgit par les voix, les silences et les regards. La transition de genre d’Oleh devient une question de survie politique : pour faire reconnaître son genre dans ses papiers, il doit aller au front. Avec un sens du cadre hors-pair et une esthétique crépusculaire, Stever montre comment la guerre réactive les normes et violences qui assignent les corps à une identité, un genre ou une place.