
De The Myth of the American Sleepover (premier long métrage non distribué en France) à It Follows (2015) et Under the Silver Lake (2018), David Robert Mitchell n’a cessé d’enregistrer la fin d’un âge d’or, d’un mythe, d’un rêve, bâtissant une filmographie sur les vestiges de ces mondes disparus.
Pour son nouveau film, né après huit années d’écriture, d’errance et un projet de super-héros avorté (Heroes & Villains), il reconduit cette obsession à une échelle monumentale : le film de dinosaures. Le cinéaste américain invite ces créatures d’un autre temps dans le quotidien, a priori paisible, des Platt, une famille exemplaire. C’est l’image d’Épinal que vend la séquence d’ouverture, scène de fête où le bonheur familial ne se mesure qu’à sa représentation figée (barbecue, courses en sac, sourires feints).
La Fin d’Oak Street est alors moins celle d’un quartier aspiré par une faille temporelle que celle d’un foyer au bord de l’implosion ; le premier mouvement du film saisissant avec émotion la chorégraphie fragile des liens défaits. Dans la maison des Platt, on cohabite sans vivre ensemble et chaque pièce accueille les petites lâchetés, secrets et rancœurs des membres de cette famille.

Une fois basculé de l’autre côté, La Fin d’Oak Street se laisse bercer par son récit d’aventure, concentré à déployer des actions simples plutôt qu’à démêler les nœuds de son intrigue – le film utilisant surtout son argument fantastique pour filmer la mise à l’épreuve d’une famille obligée de se ressouder face au danger. Le vrai monde disparu du film n’est d’ailleurs pas celui, préhistorique, de ses créatures, mais bien celui des années 80. Le fétichisme de David Robert Mitchell s’exprime pleinement dans la reconstitution mélancolique et sensorielle de cette époque, de ses textures, de ses couleurs, de tout ce qui compose les souvenirs d’un enfant des années 80 bercé par la pop culture (l’ombre de Spielberg inévitablement là).

Moins évident dans sa deuxième moitié, La Fin d’Oak Street se révèle comme un drôle d’objet imparfait, empêché et attachant. Reste, à l’intérieur de cette étrangeté et de cet autoportrait à peine caché de son auteur, quelques moments suspendus, comme cette idée, très belle : une cabine téléphonique capable de faire revenir les disparus.
