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Vu à Venise 2022 : “All the beauty and the Bloodshed” de Laura Poitras

  • Corentin Lê
  • 2022-09-03

Présenté en compétition, le nouveau documentaire de Laura Poitras (« Citizenfour ») revient sur la crise des opioïdes aux États-Unis et dresse, entre les lignes du scandale, l’émouvant portrait de figures essentielles de la contre-culture. Un film dont la densité confine parfois au vertige.

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All the Beauty and the Bloodshed se présente au départ comme un hommage aux victimes de la crise sanitaire liée à l’oxycodone, antalgique très addictif qui, prescrit en masse aux États-Unis depuis vingt ans, est à l’origine de centaines de milliers de morts par overdose. Le film de Laura Poitras n’adopte pourtant pas la structure du grand film-dossier attendu sur le sujet, puisque la documentariste, connue notamment pour le portrait qu’elle a consacré à Edward Snowden dans Citizenfour (2014), évoque la crise à travers la vie et le combat politique de l’artiste et photographe Nancy Goldin.

Activiste de renom en faveur de la représentation des personnes LGBTQI+ dans l’art, Goldin a été elle-même addicte à l’oxycodone et lutte désormais contre la société à l’origine de la crise des opioïdes : Purdue Pharma, priorité d’une riche et puissante famille – les Sackler – réputée pour la place centrale qu’elle occupe, en parallèle de ses activités pharmaceutiques, dans le monde des grandes institutions muséales.

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À travers un montage qui mélange captations de manifestations, entretiens face-caméra et archives photographiques, Poitras déroule, avec la voix de Nancy Goldin, cette grande pelote où s’entrecroisent trajectoires intimes et scandales médiatiques. Le film raconte autant la vie des milieux queer du Lower East Side newyorkais dans les seventies (notamment la place centrale de Cookie Mueller, croisée dans les films de John Waters) que la lutte politique d’Act-up dans les années 1990 (qui a grandement inspiré les combats de Goldin) ou les opérations de la famille Sackler pour imposer leurs produits (entre autres : une “tempête de prescriptions” mentionnée dans un rapport interne).

C’est ce qu’il peut y avoir de déstabilisant – mais aussi de plus beau – dans ce documentaire à tiroirs : derrière l’enquête journalistique se cache un portrait qui ouvre à son tour sur une multitude de récits brossant, petit à petit, le tableau de plusieurs décennies de culture alternative. Quand il ne porte pas directement sur la question du réseau (la NSA dans Citizenfour, Wikileaks dans Risk (2016)), le cinéma de Poitras se révèle ainsi lui-même tentaculaire. Une structure qui sied parfaitement à son objectif premier : mettre en lumière des figures se trouvant à la croisée des chemins des luttes et des enjeux socio-politiques de leur temps.

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