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« Visitors » : l'hommage tendre de Simon Astier à la SFF

  • Nora Bouazzouni
  • 2022-05-10

Après la saga « Hero Corp », qui a duré dix ans, Simon Astier, tombé dans la SFF (science-fiction & fantasy) quand il était petit, signe avec « Visitors » une comédie fantastique réjouissante, multipliant les références aux films et séries qui ont bercé son enfance. Une aventure aux frontières du réel, entre E. T. et X-Files, dont il est le mélancolique héros.

Pointe-Claire, paisible petite ville fictive, voit son quotidien bouleversé par le témoignage d’un fermier caricatural à souhait – il aurait vu deux étranges lumières se percuter dans le ciel. Mais, voilà, la collision n’a vraisemblablement laissé aucune trace… jusqu’à ce que Richard (Simon Astier), ancien patron d’une boutique de jeux vidéo, désormais flic, ne découvre un mystérieux vaisseau spatial.

Flanqué de collègues hostiles, d’amis déçus et d’une compagne (Tiphaine Daviot) autoritaire et volage, Richard n’est comme qui dirait pas aidé. Surtout quand le FBI s’en mêle, laissant sous-entendre l’existence d’un complot gouvernemental… Ça vous rappelle X-Files ? Les films de Steven Spielberg ? C’est normal. À quelques encablures du pastiche façon Mais qui a tué Pamela Rose ? Simon Astier, vieux geek assumé, rend un hommage tendre et drôle à ses premières amours ciné-cathodiques. « J’ai été éduqué par Spielberg. Mes parents n’étaient pas souvent là, donc j’ai grandi avec des films et séries qui m’ont appris à gérer les gens, les choses, mes peines, mes drames. Et quand je vois la naïveté absolue avec laquelle Spielberg construit, par exemple, un monde où les dinosaures sont accessibles… je me dis que c’est ça, le secret : être sincère et ne jamais douter une seconde de l’univers que l’on crée. »

Spielberg en 30 scènes (évidemment cultes)

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Mais Visitors n’aligne pas les références pour le seul plaisir des trentenaires et quadras biberonnés à la culture pop des années 1980-1990 : la série nous embarque dans une aventure palpitante, servie par une belle brochette de seconds rôles (Grégoire Ludig et David Marsais du Palmashow, Delphine Baril, Vincent Desagnat), un héros touchant et une réalisation léchée.

En mélangeant technologies, codes culturels et géographiques, Astier parvient même à nous surprendre et à bousculer nos repères, dans un univers qui semble pourtant familier. « Si j’utilise le genre, c’est sûrement un biais pudique. J’aime qu’une histoire m’emmène dans un monde fantastique – dans tous les sens du terme, c’est-à-dire hors du commun, hors de chez moi. S’il y a de la magie, un élément hors du réel, ça me permet de voyager beaucoup plus vite. C’est aussi une manière pour moi, quand j’écris, de toucher à l’intime encore plus fort. Comme Hero Corp, Visitors ne parle que de choses qui me traversent : la mélancolie d’une vie qui peut nous échapper parce qu’on se sent redevable, où l’on peut passer complètement à côté de celui ou celle qu’on aime… Mais la porte d’entrée, c’est un spectacle, dans le sens vraiment littéral du terme. J’aime bien quand le truc est spectaculaire. »

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L’acteur, scénariste et réalisateur est bien connu des fans de SFF francophone : Kaamelott (de son demi-frère, Alexandre, dans laquelle il incarne Yvain, le beau-frère du roi Arthur), Hero Corp (cinq saisons diffusées entre 2008 et 2017), Le Visiteur du futur (créée en 2009 par François Descraques et déclinée en long métrage à la rentrée), Mortel (deux saisons sur Netflix, dont il réalise la moitié des épisodes). Un genre longtemps boudé par la télé française, mais revenu en force ces dernières années : Missions, Infiniti, OVNI(s), Ad Vitam, Trepalium… Désormais bankable, la SFF ? « À partir du moment où l’on fait un projet pour les autres ou pour toucher une cible marketing, on se perd. Et les spectateurs ne sont pas dupes : ça se voit et ça rompt un lien sincère. On peut transporter les gens où on veut, mais seulement si on le fait avec beaucoup de conviction. »

Visitors de Simon Astier, le 10 mai sur Warner TV

Image : © Warner TV

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