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Vu au festival des Trois Continents : « Shankar’s Fairies » d’Irfana Majumbar, passeur d’histoire(s)

  • Léa André-Sarreau
  • 2021-11-26

Dans l’écrin soigné d’une maison bourgeoise, la cinéaste indienne Irfana Majumba orchestre les rapports de classe douloureux qui se sont progressivement révélés dans son pays suite à son indépendance en 1947, à travers le regard d’une enfant avide de réponses.

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Le cinéma ne manque pas de chroniques familiales dans lesquels l’alcôve domestique sert de petit théâtre à des drames plus amples. Tout en s’inscrivant dans ce sillage classique, le premier film de l’Indienne Irfana Majumbar se fraye un chemin singulier et doux. La réalisatrice y investit la maison de sa grand-mère récemment décédée, pour raconter le quotidien d’une famille privilégiée en Inde, quinze après la proclamation de l’indépendance du pays, en 1962. Le père est officier de police, et la mère (jouée par lrfana Majumbar), une épouse dévouée. Mais le véritable maître des lieux, malgré son statut social, est le Shankar du titre. Homme à tout faire discret, il raconte à la petite fille de la famille des histoires merveilleuses, avec un art du récit qui rendrait jalouse Shéhérazade…

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Car Shankar’s Fairies s’offre bien comme un conte des Mille et Une Nuits, auquel se seraient greffés des sujets éminemment politiques. L’enfance est l’âge des « pourquoi ? », et il sert ici de point cardinal à la narration d’Irfana Majumbar. Par le prisme des questions impertinentes de la petite fille (qui gouverne l’Inde ? comment obtient-t-on son statut social ? quel héritage les femmes lèguent-t-elles à leurs enfants ?), le film avance avec un air innocent, dont il se défait au fur et à mesure que son héroïne découvre les reliquats d’un système social violent et contradictoire.

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Une arrière-cour verdoyante où des militaires font la garde, une cuisine peuplée de domestiques : ici, un peu comme dans La Règle du jeu de Jean Renoir, la maison est un terrain où s’incarne la hiérarchie, grâce à une profondeur de champ qui assigne la les êtres à leur espace et leur condition. Dans ce monde fracturé, malgré ses couleurs pastel dignes d’un conte, Shankar, toujours omniprésent au fond du plan, redistribue les cartes d’un jeu pipé où chacun tient son rôle. Au creux de cette fable d’un autre temps, on devine alors les accents plus contemporains d’une Inde qui aspire encore à s’émanciper des carcans du paternalisme et de l’exploitation entre classes.

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Image (c) Asian Shadows

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