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Scène culte : « Pink Flamingos » de John Waters

  • Quentin Grosset
  • 2022-09-08

Sommet ultime du cinéma trash, l’outrageant « Pink Flamingos » de John Waters fête ses 50 ans cette année. La flamboyante Divine y disputait le titre de « l’être le plus répugnant de la terre ». Dans cette scène culte, Waters filme l’élégante icône queer dans une marche triomphante

LA SCÈNE

Sur la chanson « The Girl Can’t Help It » de Little Richard, Divine monte des marches, en talons pailletés et robe de soirée brillante et tachetée, une pochette noire dans une main, une fourrure de renard roux dans l’autre. Elle passe devant le drapeau des États-Unis sans y accorder un regard. Dans une rue bondée, elle passe devant des boutiques, elle jette un œil noir à ceux qui la dévisagent et sourit dangereusement à d’autres. Puis elle défèque dans un coin de verdure aux yeux de tous et s’essuie, sans lâcher sa peau de renard.

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L’ANALYSE DE SCÈNE

Tout au long de sa carrière incendiaire, John Waters aura filmé la démente Divine dans de bien inconvenantes positions : en train de combattre dans la boue avec des porcs (Mondo Trasho), de faire du sexe avec un chapelet dans une église (Multiple Maniacs), ou encore de ronger un cordon ombilical telle une ogresse (Female Trouble). Dans Pink Flamingos, cette scène rend grâce à son incandescence. Divine s’avance en talons hauts dans les rues de Baltimore, défiant le monde avec son crâne rasé surmonté d’un iroquois orange, son maquillage outrancier, et une petite robe fine soulignant ses 135 kilos. Un look infernal.

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C’est comme un sacre : passant devant la bannière étoilée flottant au vent, symbole de l’Amérique straight, le timide Glenn Milstead (le nom de Divine à la ville), complexé par son poids, mal dans sa peau, fan d’Elizabeth Taylor, est réinventé par Waters, son ami d’adolescence, comme la plus scandaleuse des drag-queens. Un travelling latéral, apparemment filmé en caméra cachée depuis une voiture, la suit s’élancer à contre-­courant des piétons, qui tous se retournent effarés sur le passage de cette fascinante créature, échappée de leurs pires cauchemars conservateurs.

Divine, elle, fait des clins d’œil, la mine radieuse, l’allure impériale, un renard mort sur le dos comme parure. La séquence est une parodie du cartoonesque La Blonde et moi de Frank Tashlin (1957), dans lequel on voyait tous les hommes littéralement ondre dans le sillage de Jayne Mansfield sur le même rock ’n’ roll de Little Richard. Ce statut de sex-symbol incarné par l’actrice et pin-up est ici détraqué façon camp par Waters – le glam glisse vers l’obscène, le défilé se terminant sur Divine se torchant tout en exhibant sa charogne ’apparat, toujours avec classe.

Pink Flamingos de John Waters (1972) Disponible en DVD (1 h 30)

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