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RÈGLE DE TROIS · Salomé Saqué, quelle cinéphile êtes-vous ?

  • Timé Zoppé
  • 2022-06-06

En octobre dernier, elle vivait une scène digne de « Don’t Look Up. Déni cosmique » sur le plateau de 28 minutes en essayant d’alerter sur le réchauffement climatique au milieu de boomeurs hilares. Chroniqueuse pour LCP et Arte, journaliste économique et politique pour le média indépendant Blast, l’intrépide Salomé Saqué, 27 ans, répond à notre questionnaire cinéphile.

Pourriez-vous vous décrire en 3 personnages de films ?

Petite, j’avais le caractère d’une Hermione dans Harry Potter : un peu madame « je sais tout », qui met son nez dans les affaires des autres. À l’adolescence, je crois que j’ai ressemblé au personnage de Julija dans le film croate Murina, dans la colère qui l’habite et sa volonté de résister au système patriarcal. Aujourd’hui, j’aime à croire que j’ai quelques points communs avec Erin Brockovich : la langue bien pendue, têtue voire obsessionnelle, et prête à mettre sa vie personnelle en péril pour ses convictions.

3 films sur le journalisme qui vous ont donné envie de faire ce métier ?

Blood Diamond avec Leonardo DiCaprio et Jennifer Connelly. J’ai un peu honte de dire ça, mais ce film a été déterminant dans mon choix de carrière. Je l’ai vu à 12 ans, et ça a été une révélation. Je voulais tout faire comme la reporter Maddy : je suis allée jusqu’à porter exactement les mêmes vêtements qu’elle pendant des années. Avec le recul, je réalise qu’il promeut une vision complètement fantasmée du journalisme, mais je le regarde toujours avec nostalgie. Sinon, Les Hommes du président m’a fait réaliser le rôle déterminant que pouvaient avoir des journalistes en démocratie (jusqu’à faire tomber un chef d’Etat !), tout comme l’excellent Pentagon Papers.

3 documentaires clés pour comprendre quelque chose à l’économie ?

Pour s’intéresser à l’économie, qui est un sujet aride, je crois que rien ne vaut la fiction pour se représenter les conséquences sur la vie réelle des politiques économiques. Ken Loach a traité ça avec beaucoup de clairvoyance pendant toute sa carrière, et son dernier film, Sorry We Missed You, montre les ravages de l’ubérisation du monde du travail avec justesse. Dans un autre style, j’ai adoré le dernier film de Stéphane Brizé, Un autre monde, qui décrit les mécanismes d’entreprise, les licenciements et les injustices que la logique néolibérale génère, mais du point de vue des patrons, ce qui est plutôt rare. Et, en ce qui concerne la finance, Le Loup de Wall Street est indétrônable à mes yeux, ne serait-ce que pour la performance de Leonardo DiCaprio. Oui, encore lui.

« Sorry We Missed You » de Ken Loach, un manifeste contre l’ubérisation

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3 films qui donnent une bonne claque pour se réveiller sur l’urgence climatique ?

On ne le présente plus, mais Don’t Look Up. Déni cosmique décrit vraiment les mécanismes du déni climatique avec brio. La première fois que je l’ai vu, j’en ai pleuré, tant j’ai eu l’impression que quelqu’un posait des mots sur ce que je ressentais. Dans un autre genre, Goliath dénonce avec beaucoup de pédagogie les conséquences de l’usage de pesticides, et surtout les stratégies des lobbys industriels pour dissimuler les dégâts. Le film donne une « claque » parce qu’il souligne à quel point nous sommes manipulables. Enfin, Animal de Cyril Dion alerte avec sensibilité sur la destruction de la biodiversité, qui est un aspect de la crise environnementale souvent délaissé dans les médias.

Les 3 films que vous emporteriez sur une île déserte (qui aurait quand même une salle de projection) ?

La vie est belle, de Roberto Benigni. C’est un grand classique, mais j’ai beau avoir regardé ce film 100 fois, il me touche toujours autant, et la bande originale est magnifique. Mustang, de Deniz Gamze Ergüven qui parle de l’émancipation de jeunes filles turques, et Mommy de Xavier Dolan sur la complexité des relations filiales.

Deniz Gamze Ergüven, bande de filles

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3 couples de cinéma qui renouvellent les rapports hommes-femmes ?

Mon roi de Maiwenn décrypte les rouages de la relation toxique entre Emmanuelle Bercot et un pervers manipulateur (Vincent Cassel) : ça fait du bien de voir un film commencer comme une comédie romantique mais se terminer comme beaucoup de relations se terminent dans la « vraie vie » : mal. C’est ce que je reproche au cinéma : il donne généralement une vision uniforme et irréaliste des relations amoureuses, et agit en miroir déformant, même si cela change doucement. A ce titre, j’ai beaucoup aimé La La Land de Damien Chazel. Déjà parce que l’héroïne (Emma Stone) a un sacré caractère et qu’elle n’hésite pas à clouer le bec à Ryan Gosling dans un premier temps (on est loin de la femme un peu niaise dont la vie n’a aucun sens sans l’homme parfait) et ensuite parce que le film montre que non, l’amour ne triomphe pas toujours, et que oui, on peut-être heureux sans sa « moitié ». Enfin, pour moi le film Compartiment n°6 touche au sublime : pas de sentimentalisme mais de l’intimité, et pas au sens charnel du terme. Le film se débarrasse de tout cliché romantique, et casse les codes de l’histoire d’amour traditionnelle, le tout au milieu des paysages sibériens. C’est jouissif.

« Compartiment N°6 », odyssée fantôme jusqu’aux confins de la Russie

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Vos 3 réalisatrices préférées ?

Jane Campion, son dernier film The Power of the Dog m’a beaucoup émue. Céline Sciamma pour la manière dont elle filme les femmes. Et Audrey Diwan pour L’Événement, qui nous rappelle avec violence la réalité de l’avortement lorsqu’il est illégal.

Audrey Diwan : « L’avortement est un sujet nimbé de tabous, et ce silence pèse très lourd »

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L’acteur ou l’actrice dont vous étiez amoureuse à 13 ans ?

Leonardo DiCaprio, naturellement. Ex æquo avec Orlando Bloom dans Pirates des Caraïbes, j’avais carrément tapissé ma chambre de posters à son effigie ! J’avais des goûts très discutables.

Le film que vous aimez regarder à 3 h du matin, une nuit d’insomnie ?

 Thelma et Louise, c’est pour moi LE film sur l’amitié, la sororité, la liberté, que je mets pour me remonter le moral. Après, je ne vais pas prétendre que je suis toujours regardante sur la qualité cinématographique de ce que je regarde à 3 h du matin. Généralement, ça se termine plutôt en navet romantique. À cette heure-là, je suis moins à cheval sur le féminisme.

 

Portrait : © Solène Arthaud

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