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"The Last Hillbilly" : ode à la civilisation perdue

  • Raphaëlle Pireyre
  • 2021-06-07

Derrière le portrait documentaire de Brian, proche de sa terre des Appalaches et père d’une famille nombreuse, c’est celui du mythe américain en pleine désagrégation que peignent Diane Sara Bouzgarrou et Thomas Jenkoe dans leur premier long métrage, sélectionné à l’ACID et vainqueur du Grand Prix lors du FIFIB cette année.

L’histoire de The Last Hillbilly a commencé il y a sept ans, lorsque les réalisateurs français ont rencontré par hasard Brian, grand escogriffe mal dégrossi à la voix retentissante, sur le parking d’un motel au cours d’un voyage dans le Kentucky. Le film porte pourtant bien les inquiétudes de l’actualité de 2020 : craquèlement des États-nations, élections américaines et crise sanitaires mêlées. Alors que le chasseur massif se désespère de l’épidémie qui décime les cerfs de la région, la mystérieuse maladie qui les touche fait écho au sentiment de déclin, de repli sur soi et d’apocalypse.

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Le Kentucky est comme un concentré d’Amérique, dont l’histoire raconte la violence envers les populations autochtones et des luttes claniques en butte au pouvoir fédéral. Brian est le témoin de ce monde en résistance. Obsédé par la mort (celle de ses bêtes, celle de ses enfants), il contemple le monde qui l’entoure et n’en finit pas de mourir, à commencer par l’industrie minière qui avait fait la richesse de la région. Mais le chasseur est aussi poète. Ses odes à la nature et à la civilisation perdue résonnent dans ce bout de monde aux chaudes couleurs d’automne.

Brian ne peut évidemment pas être le dernier des hillbillies – un terme équivalent à « péquenauds » –, puisque sa tribu trottine derrière lui. Au cours des cinq années de tournage, ses enfants poussent en toute autonomie, marchent pieds nus, se pelotonnent comme des renards dans un terrier, parcourent la forêt. Le film montre ainsi avec grâce la liberté de corps non contraints par la société.

The Last Hillbilly de Diane Sara Bouzgarrou & Thomas Jenkoe, New Story (1 h 20), sortie le 9 juin

Trois questions à DIANE SARA BOUZGARROU & THOMAS JENKOE

 Le terme « hillbilly » est très péjoratif. Pourquoi l’avoir choisi pour titre ?

Le mot épouse l’épaisseur romanesque de Brian, qui se rêve le dernier d’une lignée et qui revendique ce terme insultant parce que c’est celui qui le définit le mieux. Il reflète l’identité contrariée de ce personnage.

Le format carré et les couleurs saturées transfigurent la montagne où vit Brian. Pourquoi ces choix ?

Le format carré traduit notre sentiment d’une Amérique qui se désagrège, que l’on ne voit que par morceaux. Nous avons tourné en flat pour retravailler toute la colorimétrie à l’étalonnage et aller vers ces couleurs pleines qui donnent un sentiment d’atemporalité.

 La B.O., composée par Jay Gambit et Tanya Byrne, renforce l’atmosphère d’apocalypse du film…

Ces musiciens de la scène noise ont utilisé des instruments du folklore appalachien, comme le banjo et l’harmonica, ainsi que des sons des industries minières du passé industriel de la région qu’ils ont rendus méconnaissables. Le mythe américain et là, mais si déformé qu’on ne le reconnaît plus.

 

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