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QUEER GUEST · Sébastien Lifshitz : « Joe Dallesandro était un ovni dans le monde du cinéma, assumant ouvertement sa bisexualité. »

  • Timé Zoppé
  • 2024-03-05

On a demandé à des figures queer d’âges et d’horizons différents de nous parler des premières images, vues au cinéma ou à la télévision, qui ont fait battre leur petit cœur queer. Aujourd’hui, Sébastien Lifshitz, réalisateur d’un film gay culte (Presque rien) et de fabuleux documentaires (Petite Fille, Adolescentes, Casa Susanna). Il s’apprête à sortir en salles Madame Hofmann le 10 avril, et est invité d’honneur au festival de cinéma queer Ecrans Mixtes à Lyon, du 6 au 14 mars.

QUEER GUEST est une série d'articles issue de notre rubrique QUEER GAZE, le cinéma LGBTQ+ raconté par la journaliste Timé Zoppé.

« Adolescent, dans les années 80, la télévision française était un désert absolu d’érotisme masculin. C’était la télévision de papa, un peu vieillotte et familiale. En tant que jeune homo, c’était un peu désespérant. Il y avait quelques miettes comme Les Mystères de l’Ouest, L’homme qui valait trois milliard, L’Homme de l’Atlantide, des feuilletons américains un peu débiles mais où les héros masculins n’hésitaient pas à se mettre torse nu pour sauver le monde. Les Mystères de l’Ouest [1965-1969, ndlr] avec Robert Conrad était particulièrement trouble car le héros formait une sorte de duo avec un autre homme et on pouvait facilement délirer dessus pour y voir une sorte de couple improbable.

Au cinéma, les rediff à la télé des films avec Jean Marais ou Jacques Perrin offraient des visages idylliques de princes adorés mais ça restait très chaste. Il y avait aussi Alain Delon, Jean Sorel, Samy Frey, Gérard Blain, James Dean ou Marlon Brando. Mais tous ces acteurs appartenaient aux années 60, à une autre génération. Ils étaient vieux pour l’ado que j’étais.

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Un des premiers troubles que j’ai ressenti s’est produit devant Les Amants diaboliques de Visconti [1942, ndlr], lorsque Massimo Girotti est apparu à l’écran. Il se dégageait de lui un érotisme torride. C’est d’ailleurs étrange car c’est l’homme qui, dans ce film, est pour une fois l’objet de désir et dont le corps est particulièrement érotisé. Les péplums offraient aussi des corps masculins en jupette et torse poil mais ça restait là encore très codifié et finalement assez peu érotique.

Ado, j’étais fan de Warhol et de toute sa bande de la Factory. Je me souviens en particulier de Joe Dallesandro qui jouait dans les films de Morrissey produits par Warhol [la trilogie Flesh, Trash et Heat, de 1968 à 1972, ndlr], et qui avait une présence très sexuelle dans les films. J’ai appris plus tard que Dallesandro avait posé pour Bruce of Los Angeles et Bob Mizer, célèbres photographes américains qui se sont spécialisés dans le nu masculin et les photos de culturistes. Dallesandro était à part, un ovni dans le monde du cinéma, assumant ouvertement sa bisexualité. Serge Gainsbourg le fera d’ailleurs tourner dans Je t’aime, moi non plus [1976, ndlr] au côté de Jane Birkin. Ce type me fascinait beaucoup.

Un des derniers émois d’ado dont je me souviens, c’est Brad Davis dans Midnight Express [Alan Parker, 1978 ndlr]. Il y avait un mélange de violence et de douceur chez lui qui le rendait très attirant. La scène ouvertement homosexuelle de la douche, lorsqu’il est emprisonné, était particulièrement belle. Davis tournera par la suite avec Fassbinder dans l’adaptation de Querelle [1982, ndlr] et mourra du sida peu de temps après. Sa mort m’a profondément marqué. Il serait sûrement devenu un grand acteur. »

: Festival Ecrans Mixtes, du 6 au 14 mars, dans Lyon et sa métropole

: Madame Hofmann de Sébastien Lifshitz, sortie le 10 avril (Ad Vitam, 1h44)

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